Nice : Les prestataires culturels de la Gare du Sud désenchantés

FAIL L'ancien nouvel opérateur Enchanté, qui était chargé de relancer la Gare du Sud, est en liquidation judiciaire, laissant les associations et artistes sollicités pour l’animation, impayés et « désillusionnés »

Elise Martin
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Les travaux sont encore en cours dans la halle, située à l'arrière de l'ancien bâtiment de la gare du Sud
Les travaux sont encore en cours dans la halle, située à l'arrière de l'ancien bâtiment de la gare du Sud — M. Frénois / ANP / 20 Minutes
  • En reprenant l’animation de la halle gourmande, la filiale du groupe Enchanté promettait un meilleur destin à cet endroit qui a eu du mal à se lancer en 2019, à son ouverture.
  • Malgré ses efforts, l’exploitant a échoué. Laissant les fournisseurs, les employés mais aussi les prestataires culturels sans nouvelle et sans paie.
  • La mairie a assuré avoir de potentiels repreneurs pour une halle « complètement différente » avant la fin de l’année.

Ils promettaient « une programmation festive » pour la Gare du Sud de Nice et de « devenir le meilleur spot où l’on vient manger, boire et s’amuser ». Sur le site, il est même encore inscrit qu' « en 2021, on amène du fun, en 2022, on se transforme ». Il y a bien eu une transformation, mais pas celle escomptée. L’ancien opérateur de la halle gourmande, la société Le Jardin Défendu, filiale du groupe parisien Enchanté, est en liquidation judiciaire, échouant dans sa mission, qui n’aura finalement duré que quatre mois, de juin à octobre 2021.

Une période dans laquelle cette entreprise spécialiste de l’animation des « food halls » aura tout essayé en proposant plus de 70 animations. Problème, elle a tout donné… Sauf aux prestataires en question. « Je suis la dernière artiste à avoir été payée, avec deux mois de retard. Et j’ai joué le 30 juillet », confie à 20 Minutes, Emma, qui était également employée comme responsable adjointe du lieu.

Elle ne « peut plus voir » la Gare du Sud

Celle qui a vécu les événements de l’intérieur se souvient de « l’optimiste des Parisiens en arrivant » et n’arrive toujours pas à savoir comment le budget « a été cramé en si peu de temps ». « Le pire, c’est le manque de communication. Jusqu’au bout, personne ne savait rien alors qu’on se rendait bien compte qu’il y avait un problème. La Gare du Sud, c’était un peu comme un œuf au chocolat : chaque jour on avait une nouvelle surprise à l’intérieur. » Désormais, elle « ne peut plus voir » cet endroit.

« Ça me fait de la peine, c’est inhumain de faire ça. Depuis l’annonce du dépôt de bilan, on n’a eu aucune nouvelle. Même pas d’excuses. En plus, beaucoup ont misé sur cette illusion qu’ont donné les soi-disant rois de l’événement. Ils sont juste venus, ont foutu le chantier et sont repartis. »

Une association endettée

Parmi ceux qui y ont cru, Grosse Prod, une association qui organise des scènes de stand-up. « J’ai appris que l’aventure était terminée le lendemain d’un soir où on venait de faire un événement. J’ai reçu un mail qui disait que c’était la dernière, résume Pascal Schiavone, président de l’association culturelle. Et puis, plus aucune réponse jusqu’à un courrier début janvier qui m’annonçait que leur société était en liquidation judiciaire et qu’en tant que prestataire culturel, je serai le dernier sur la liste à recevoir ce que Le Jardin Défendu me doit. »

Tous les mercredis, cinq artistes jouent dix minutes chacun à la Gare du Sud de Nice
Tous les mercredis, cinq artistes jouent dix minutes chacun à la Gare du Sud de Nice - Grosse Prod'

Même si l’opérateur ne payait plus Grosse Prod depuis « deux mois », le passionné s’est dit « qu’une société aussi connue dans le milieu, ne pouvait pas en arriver là ». Pourtant, aujourd’hui, il « croule sous les dettes » et essaie tant bien que mal de faire vivre son projet.

Il développe : « J’ai avancé des frais pour faire venir les artistes. J’ai lâché tout ce que j’avais pour me concentrer là-dessus, c’était ce qui rapportait le plus et c’était un plateau parfait pour faire de Nice, une scène humoristique. Maintenant, je repars de zéro. En moins de six mois, on a tout perdu. Je reconnais que c’est aussi de ma faute, mais comment refuser ce genre d’offre ? » Avant d’ajouter : « Et encore, je ne suis pas celui à qui ils doivent le plus. Un des organismes qui remplissait la halle gourmande avec ses événements attend 16.000 euros. »

« Pas de commentaire »

Ni le Jardin Défendu ni Urban renaissance, à qui la ville de Nice a attribué un bail emphytéotique pour l’exploitation du lieu et qui avait confié l’animation au groupe parisien, n’ont de « commentaire à faire sur cette histoire ». « La procédure de liquidation judiciaire étant enclenchée », la filiale d’Enchanté fait valoir qu’elle « n’est plus habilitée à prendre la parole sur ce sujet ».

La mairie a, de son côté, assuré qu’il y avait de potentiels repreneurs « prestigieux, implantés en France et à l’international et bien décidés à relancer le lieu » mais d’une manière « complètement différente ». Et ce sera « avant la fin de l’année », garantit-elle.