Guerre en Ukraine : « Je n’ai pas seulement peur pour ma famille, j’ai peur pour tout le pays », lance Tetiana Bak, qui vit à Nice depuis deux ans

REPORTAGE Après avoir été réveillés par leur famille en Ukraine qui leur annonçait « le début de la guerre », une soixantaine d’Ukrainiens de la Côte d’Azur se sont retrouvés pour « se soutenir » et « alerter la société »

Elise Martin
Une soixantaine d'Ukrainiens se sont rassemblés à Nice, ce jeudi matin, sur la promenade des Anglais .
Une soixantaine d'Ukrainiens se sont rassemblés à Nice, ce jeudi matin, sur la promenade des Anglais . — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Dans la nuit de mercredi à jeudi, Vladimir Poutine a lancé une « opération militaire » en Ukraine.
  • Alors qu’elle prévoyait une manifestation dimanche pour protester contre une éventuelle offensive, la communauté ukrainienne de la Côte d’Azur s’est rassemblée ce jeudi matin à Nice, pour « se soutenir ».
  • Tous très inquiets pour leur famille en Ukraine, les ressortissants sont prêts à accueillir ou même à partir pour aller les aider.

« C’est comme si le soleil ne s’était pas levé ce matin », lâche Tetiana Bak, 48 ans, les yeux gonflés par les pleurs en regardant le ciel de la promenade des Anglais à Nice. Drapée des couleurs de l’Ukraine, elle tient dans ses mains deux affiches : « Stop Putin, stop war » et « stop Russia » avec la tête du Président russe sur le symbole de la tête de mort. Autour d’elle, une soixantaine d’autres ressortissants se sont retrouvés spontanément ce jeudi, dès 10 h, après avoir été réveillés à 4 h du matin par leurs proches, à 2.000 km de la Côte d’Azur, quand Vladimir Poutine a annoncé lancer une « opération militaire » en Ukraine.

« Ma sœur, qui habite à Kiev, m’a appelée en vidéo me disant : la guerre a commencé, on entend des bombardements, poursuit Tetiana, en France depuis six ans. J’ai été choquée. Encore hier soir, on pensait que tout irait bien. Je n’ai pas seulement peur pour ma famille, j’ai peur pour tout le pays. Ma famille a préparé des valises d’urgence au cas où elle pourrait partir précipitamment. » Selon ses dernières informations, ses proches ne peuvent pas quitter le pays, tout est fermé. Elle pense alors à s’y rendre.

« On se sent impuissant »

« En 2014, j’ai fait la révolution tous les jours, toutes les nuits. Je ne peux pas rester ici tranquillement alors qu’il se passe cette catastrophe dans mon pays », s’exclame-t-elle avant de scander un « Vive l’Ukraine ! », lancé par le groupe. Après avoir chanté l’hymne national, une jeune femme lance des musiques, sur son enceinte, que tout le monde reprend.

Pour Olga Golovakina, qui vient d’arriver à Nice, c’est important de se rassembler « pour se soutenir » car « on se sent tous impuissants, ici ». « On vit tous la même chose, ça fait du bien d’en parler et de ne pas être seule dans ces moments. On montre aussi qu’on a besoin de soutien. » Elle regarde son portable. Elle vient de recevoir un message de ses amis à Kiev : « Ils ont peur que des chars débarquent en ville dans une heure. Des médecins ont été appelés en renfort. » Kateryna, elle, n’a plus de nouvelles de ses parents. Ils sont à Lougansk, à l’est de l’Ukraine. « Hier encore, j’imaginais aller là-bas pour les aider. J’aimerais juste savoir qu’ils sont en sécurité », dit-elle en retenant ses larmes.

« Ça fait huit ans qu’on prévient de ce danger ! »

Sur la Prom, Sylvie s’est arrêtée pour dire « qu’elle compatissait ». Elle, qui est originaire de Lorraine et qui a eu les témoignages de ses parents qui ont vécu la guerre, se sent très touchée même si elle « ne sait pas quoi faire pour aider ». Quelques Français s’arrêtent et discutent.

« J’ai reçu des messages de soutien des activités culturelles dont je fais partie, ça fait du bien. On aimerait aussi que la communauté russe réagisse », lance Olga Monakh. Cette artiste a voyagé dans plusieurs pays et reçoit aujourd’hui des excuses de la part d’amis russes qui « sont choqués et honteux ». « Aujourd’hui, le monde entier est en danger. Il faut que les dirigeants de pays se réunissent et agissent en prenant des sanctions fortes. Ce n’est pas une surprise, ça fait huit ans qu’on prévient de ce danger ! » Elle est venue sur la promenade des Anglais avec son mari et son fils, David, 11 ans, qui tient une pancarte « Stop à la guerre ». Pour lui, « il ne faut pas avoir peur, il faut avoir du courage et surtout ne pas perdre la sensation que le pays peut gagner. On doit garder espoir. »

David, 11 ans, est venu pour donner un message d'espoir dans cette situation de guerre
David, 11 ans, est venu pour donner un message d'espoir dans cette situation de guerre - E. Martin / ANP / 20 Minutes

Une nouvelle mobilisation est prévue dimanche matin, « on attend d’avoir l’autorisation de la préfecture », précise Irina Bourdelles, présidente de l’Association franco-ukrainienne Côte d’Azur (Afuca).