Coronavirus à Nice : Parmi les malades admis en soins critiques au CHU, « à peu près 30% » seraient faussement vaccinés

EPIDEMIE Ces faux certificats seraient essentiellement le fait d’usurpateurs de cartes professionnelles de soignants mais le procureur de la République de Nice révèle qu’un laboratoire est aussi impliqué

Fabien Binacchi
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Un pass sanitaire.
Un pass sanitaire. — Bony/SIPA
  • Une femme de 57 ans faussement vaccinée et qui est décédée en région parisienne des suites du Covid-19 s’était procuré son pass sanitaire à Nice.
  • Au CHU de Nice, les non-vaccinés représenteraient jusqu’à 95 % des malades admis en soins critiques. Parmi eux, « à peu près 30 % » présentent un certificat frauduleux, relève Carole Ichai, cheffe du pôle anesthésie-réanimation.

Dimanche, après le décès d’une patiente faussement vaccinée, le chef du service réanimation d’un hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) avait lancé l’alerte : un pass sanitaire frauduleux « ne protège pas contre le virus et peut aiguiller faussement le médecin qui vous prend en charge ». Cette femme de 57 ans, qui a succombé des suites du Covid-19 sans avoir pu être traitée efficacement, s’était procuré son attestation auprès d’un médecin niçois, où le problème prendrait une certaine ampleur.

Le praticien en question, qui exerce dans le plus grand centre de vaccination de la capitale azuréenne, assure avoir été victime d’une usurpation de sa carte professionnelle. La sienne et celles d’autres soignants auraient ainsi servi à l’établissement de « plusieurs dizaines d’attestations », indique-t-on du côté de la ville de Nice, qui dit « signaler toutes anomalies ». Xavier Bonhomme, le procureur de la République, confirme avoir été saisi pour « plusieurs affaires d’usurpations d’identité ». Mais « des faux mettant en cause un laboratoire feront aussi objet d’une procédure devant le tribunal correctionnel dans quelques mois », annonce également le magistrat à 20 Minutes. Des poursuites sont engagées pour escroquerie, faux et usage de faux et mise en danger.

« C’est un délit pénal »

Les procédures seraient en tout cas nombreuses. Sollicitée par 20 Minutes, l’agence régionale de santé Paca n’a pas donné suite. Si la Caisse primaire d’assurance-maladie des Alpes-Maritimes refuse d’avancer des chiffres, elle se dit « aux côtés des services de police, des services de justice pour pouvoir traquer ces fausses attestations ». « La réalisation et l’utilisation de faux certificats de vaccination et donc de faux pass sanitaires sont un acte grave, avance l’organisme dans une réponse écrite. On parle de faux et d’usage de faux, c’est un délit pénal et, en termes de santé publique, c’est très grave. »

Ces faux pass sanitaires compliquent sérieusement la prise en charge des malades. Au CHU de la capitale azuréenne, ils seraient même un fléau. Les non-vaccinés représenteraient jusqu’à 95 % des malades admis en soins critiques et, parmi eux, « à peu près 30 % » présentent un certificat frauduleux, relève Carole Ichai, cheffe du pôle anesthésie-réanimation. En conséquence, « nous sommes bien sûr plus attentifs, et nous vérifions les anticorps si besoin », précise-t-elle encore. Et le constat, préoccupant, serait le même du côté du Centre hospitalier d’Antibes.

« Le personnel de santé est épuisé, démoralisé »

Dimanche, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a révélé que 400 enquêtes ont déjà été ouvertes pour démanteler des réseaux de faux pass sanitaires, dont « plusieurs milliers » ont été détectés en France par les forces de l’ordre. Ce mercredi, son collègue Olivier Véran, ministre de la Santé, a exhorté les personnes détentrices d’un faux certificat de vaccination et leur entourage à « le dire tout de suite » en cas d’admission à l’hôpital car « la prise en charge n’est pas la même ».

Lundi, 18 présidentes et présidents des commissions médicales d’établissement dans des hôpitaux publics et cliniques privées des Alpes-Maritimes et de Monaco ont cosigné une tribune pour appeler l’Etat à rendre obligatoire la vaccination des adultes. Ils s’inquiètent d'« une augmentation significative et inquiétante de la charge hospitalière » et expliquent que « le personnel de santé est épuisé, démoralisé ».