À Nice, les skateurs aimeraient plus « de considération » et « moins d’amendes »

GLISSE Depuis deux ans, une association s’est créée et est en discussion avec la mairie pour des « projets à courts, moyens et longs termes »

Elise Martin
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La promenade des Anglais est le spot préféré des skaters à Nice
La promenade des Anglais est le spot préféré des skaters à Nice — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Selon le nombre d’adhérents à l’association Nice street vibe, qui représente la communauté de riders, près de 150 personnes skatent dans la ville.
  • Problème, les infrastructures manquent : seuls deux skateparks existent, le premier est privé, le second est à l’autre bout de la ville.
  • Les skateurs s’emparent alors de la rue pour pratiquer leur sport qui est aussi leur passion… Ce qui déplaît aux riverains et donc à la mairie.

Au début de la promenade des Anglais, sur le quai des États-Unis à Nice, une dizaine de jeunes enchaînent les figures de skate. Autour de la réplique de la Statue de la liberté, c’est leur spot « depuis toujours », affirme Gauthier, 23 ans, un habitué qui pratique depuis plus de dix ans. Il se rappelle « d’une époque où cet endroit était balisé pour une association de rollers ». Il faut dire que l’asphalte est idéal pour les petites roues. Avec la mer, les palmiers et le soleil, « c’est l’endroit parfait », ajoute le skateur. « C’est une vitrine, une référence. Pour nous, c’est là où tout le monde commence et où on se retrouve. Toujours en respectant les piétons et les autres usagers de la voie », précise Raphaël, un autre skateur. Car la Prom', c’est aussi très touristique. « Les gens adorent. Ils s’arrêtent et nous regardent. Parfois, ils nous demandent même des cours », assure Marina, 24 ans, championne du monde de longboard dancing qui vient s’entraîner ici depuis six ans.

Depuis son titre obtenu en janvier dernier, « les passants [la] reconnaissent » et elle est très sollicitée par les médias. Même si elle était très déjà connue localement. « Impossible d’être Niçois et ne pas connaître Marina », ajoute Raphaël. Ce jour-là, c’est la community manager de la ville de Nice qui est venue pour la filmer et « faire un réel » pour Instagram. La championne du monde sourit. « C’est marrant parce que là, les policiers sont passés et n’ont rien dit. Ils m’ont déjà verbalisée plusieurs fois parce qu’on n’a pas le droit de rouler ici. J’ai beau avoir de la notoriété, dès que les caméras s’en vont, ma vie continue et nos conditions restent les mêmes. C’est bien d’être dans une pub pendant cinq ans pour faire la promotion de la ville alors que j’en suis à presque 400 euros d’amende pour faire la même chose mais cette fois, sans qu’on me filme. »

Marina, championne de longboard dancing, qui mêle des enchaînements de figures et des pas de danse sur un skate
Marina, championne de longboard dancing, qui mêle des enchaînements de figures et des pas de danse sur un skate - E. Martin / ANP / 20 Minutes

« Paris pense déjà à 2024, Nice est encore en 1904 »

Ces conditions, ce sont des arrêtés qui interdisent les skateurs de pratiquer leur discipline à chaque spot, celui en face de la bibliothèque Nucéra, sur la place Rossetti, ou au palais de justice. Pourquoi ne pas se rendre dans les deux skateparks qui existent à Nice ? « Celui de Jean-Bouin est privé et celui proposé par la municipalité, au complexe sportif de Falicon, est à l’autre bout de la ville, donc pas très pratique », précise Gauthier.

La communauté de riders niçois se sent « exclue » . « On n’est seulement sollicité pour donner une bonne image lors des événements dits urbains mais quand on doit s’entraîner, on nous vire, s’indigne Gauthier. On nous fait passer pour des délinquants alors que nous, on veut juste pouvoir faire ce qu’on aime ». Marina renchérit : « Je suis considérée comme sportive de haut niveau à la faculté. Le skate est aux Jeux olympiques. Paris pense déjà à 2024, Nice est encore en 1904. Il faut évoluer et nous considérer ».

Des projets en cours avec la mairie

Si la municipalité s’en prend aux skateurs, c’est aussi « à cause des plaintes du voisinage ». Raphaël, 21 ans, est aussi le représentant de l’association Nice street vibe, créée il y a deux ans pour « faire bouger les choses » et parce qu’il « n’en pouvait plus de la situation ». « Une habitante a voulu porter une affaire en justice, ce qui a engendré une confrontation avec la mairie et de là, un travail de médiation est né avec la commune ». Depuis la création, il a déjà réussi à faire doubler les horaires d’ouverture à Jean-Bouin. Une avancée car le sport « regroupe tous les âges et professions » et qu’avant, il n’existait que deux créneaux ouverts au public.

Avec la mairie, des projets à courts, moyens et longs termes sont en cours pour encadrer la pratique et instaurer des règles. Il se base sur ce qui a été fait à Bordeaux ou à Lyon. « Le premier objectif, c’est d’avoir des horaires aménagés et réservés pour les skateurs, pour instaurer un climat apaisé. Ensuite, on voudrait des aménagements urbains, des modules, des rampes, dispatchés un peu partout, pour que tout le monde, et donc tout le bruit, ne soit pas au même endroit. Après tout ça, on pensera à des lieux complètement dédiés et accessibles », détaille le représentant de la communauté, heureux de voir « que les choses s’améliorent » et « qu’il y a de l’écoute ».

« Ce qu’on veut, c’est juste qu’on nous prenne en compte. Et puis, c’est aussi l’occasion de montrer à quel point cette discipline fait partie de la ville. Il y aura toujours une ville et ses skateurs, c’est indissociable. Alors, autant faire les choses ensemble. On n’a pas besoin de grand-chose mais il faut comprendre que le skate, ça peut apporter beaucoup », conclut-il.