Halloween : « Tueur de femmes » ou « assassin très ordinaire », qui était Henri Vidal qui sévit sur la Côte d’Azur ?

MONSTRES DE NOS VILLES (9/10) A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des tueurs ou des tueuses en série, des brûleurs de pied ou des ogresses qui ont sévi dans nos régions il y a un siècle ou plus

Fabien Binacchi
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Des portraits d'Henri Vidal, publiés dans les journaux «Le Matin» (14 janvier 1902) et «Le Français» (3 novembre 1902)
Des portraits d'Henri Vidal, publiés dans les journaux «Le Matin» (14 janvier 1902) et «Le Français» (3 novembre 1902) — RetroNews - BnF
  • 20 Minutes, on aime raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Pour Halloween, on vous raconte les « Monstres de nos villes »Tueur de bergères, étrangleuse d’enfants, dépeceur de veuves, etc., ils ont jeté l’effroi de Toulouse à Lille et partout en France.
  • Au tout début du XXe siècle, Henri Vidal met la France en émois avec une série de crimes sanglants uniquement sur des femmes dans le Sud-est.
  • A l’époque, nombre de faits-diversiers, de chroniqueurs judiciaires, de magistrats, de médecins et de criminalistes se sont largement emparés de cette affaire.

« Je suis venu dans l’intention de tuer une femme. Je venais pour tuer une femme ». Devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes, à Nice ce jour de novembre 1902, Henri Vidal essuie des larmes mais répond sans détour aux questions qui lui sont posées. Direct, cet hôtelier, âgé alors de 34 ans, avait d’ailleurs également avoué ses crimes au couteau de cuisine sans résistance quelques mois plus tôt.

Il laissait d’abord deux prostituées grièvement blessées. Louise Guinard et Joséphine Moreno étaient poignardées sans motif apparent dans le centre-ville d’Hyères. Pour ses deux autres victimes, l’issue a été fatale. Antonia van Brusselin, également fille des rues, est tuée à Tamaris, près de Toulon. Puis, c’est une jeune Suissesse, Gertrude Hirsbrunner, vendeuse dans un magasin de chaussures à Monte-Carlo, qui est sauvagement égorgée dans son compartiment d’un wagon parti de Nice avant d’être jetée sur les voies.

Sa haine inexplicable des femmes, ses crimes aussi violents que sordides mobilisèrent à l’époque nombre de faits-diversiers, de chroniqueurs judiciaires et suscité les commentaires nourris de magistrats, de médecins et de criminalistes. « Un extraordinaire dispositif discursif » qui fera émerger une « existence neuve », écrivent Philippe Artières et Dominique Kalifa dans Une biographie sociale, le sous-titre de leur livre sur l’affaire Henri Vidal, le tueur de femmes. Surnommé en ces termes par la presse de l’époque, ce meurtrier en série « est un assassin finalement très ordinaire », soulignent les auteurs.

« Un raté de la société »

A l’époque, on le fait passer pour un vagabond, on écrit qu’il possède « une âme bornée et violente, une âme très animale, à peine une âme », qu’il est un « égorgeur aux yeux de loup ». On construit une nouvelle histoire, en reprenant les codes des tueurs tels qu’on les voyait à l’époque. On donne de lui une image rassurante en somme : les assassins n’appartiennent qu’à la même catégorie. Mais Henri Vidal « est juste un raté de la société », explique Philippe Artières à 20 Minutes. « Il ne suscite pas un très grand respect pour sa mère. C’est un homme qui vivote mais c’est un type aux antipodes des images qu’on peut avoir d’un criminel à l’époque », poursuit l’historien.

« L’allure est nonchalante, l’aspect peu sympathique » et « à première vue, Vidal donne l’impression d’un homme peu intelligent », décrit après plusieurs entrevues le docteur Alexandre Lacassagne, médecin légiste. « La mimique peu expressive pour un homme du midi n’offre aucune particularité intéressante. L’indolence paraît être le fond du caractère d’Henri Vidal », poursuit aussi celui qui est un des fondateurs de l’anthropologie criminelle.

Condamné à mort puis gracié

Selon ses conclusions et celles d’autres médecins, rapportées par la presse à l’époque, « Vidal ne présente aucun signe de folie ou d’épilepsie » mais « certains signes de dégénérescence » et « qu’en conséquence, il doit être déclaré responsable avec une légère atténuation ». A sa condamnation à la guillotine, prononcée le 5 novembre 1902, certaines autres voix ne croyant pas à son discernement s’élèvent. « Comment le procureur de Nice ose-t-il demander la tête de ce fou », interroge le journal socialiste La Petite République. Finalement, le président de la République Émile Loubet le gracie. Il est envoyé au bagne en Guyane, pour des travaux forcés à perpétuité.

Là-bas, dans sa cellule, Henri Vidal commence à rédiger ses mémoires, « encouragé » par les criminologues contemporains et notamment le docteur Alexandre Lacassagne qui le voit comme un cobaye pour ses recherches. Il se décrit comme modérément aliéné mais aussi sensible, à sa façon. Il y raconte avoir beaucoup souffert à cause des femmes, notamment celles de sa famille et surtout sa mère, qui ne lui aurait pas accordé l’attention suffisante.

S’ensuivit une timidité maladive avec « les demoiselles » et une extrême misogynie. Le soir d’un de ses crimes, il aurait eu « l’idée absolue de tuer la première femme qui se présenterai à [lui], que la femme quelle qu’elle soit était indigne de vivre et [qu’il] devait la supprimer ». Au pénitencier de Saint-Laurent-du-Maroni, à 7.300 km de Nice, Henri Vidal ne survivra même pas 4 ans. Il meurt en juillet 1906 à l’âge de 39 ans.