La desserte maritime Nice-Corse, dont la métropole se passerait volontiers, menacée ?

TRANSPORT La taxe carbone de 60 euros par escale et par véhicule voulue par Christian Estrosi pourrait signer l’arrêt des rotations de Corsica Ferries entre Nice et l’île de Beauté

Fabien Binacchi
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Les navires de Corsica Ferries sont actuellement les seuls à assurer la liaison Nice-Corse
Les navires de Corsica Ferries sont actuellement les seuls à assurer la liaison Nice-Corse — Syspeo / Sipa
  • Christian Estrosi a annoncé il y a quelques jours vouloir instaurer une taxe carbone de 60 euros par escale et par véhicule aux usagers des ferries allant en Corse depuis Nice.
  • « A terme, une telle taxe serait de nature à remettre en cause la viabilité économique de l’escale de Nice », s’alarme le président de Corsica ferries.

Au fil des ans, elle avait déjà réduit comme peau de chagrin. Après la disparition de la SNCM et la tentative avortée de Moby lines, l’offre de transport maritime entre Nice et la Corse est désormais menacée de disparition. Critiquée pour son impact écologique, la desserte assurée par les seuls bateaux de Corsica Ferries est la cible… de la métropole, propriétaire du port.

Après avoir mis en place un dispositif « zéro fumée » pour ces navires, Christian Estrosi a annoncé il y a quelques jours vouloir instaurer « une taxe carbone de 60 euros par escale et par véhicule ». Une façon de « dissuader les usagers de ferries d’y transporter leur véhicule personnel » et qui viendrait financer des projets écologiques.

« Abandon programmé »

Une perspective qui a depuis fait des remous. Avec des navires sans auto ou un aller-retour majoré de 120 euros, ni les voyageurs ni la compagnie ne pourraient plus s’y retrouver. Sollicité par 20 Minutes, le président de Corsica Ferries, s’inquiète : « A terme, une telle taxe serait de nature à remettre en cause la viabilité économique de l’escale de Nice ». Ou pousserait dans un premier temps l’opérateur à « augmenter le prix des traversées de plusieurs dizaines de pourcents », ce qui « représenterait un effort considérable pour les passagers », alerte Pierre Mattei.

« Cette mesure pénalisera les familles et les plus modestes mais nuira aussi à la vitalité de notre ville », se sont aussi alarmés les conseillers métropolitains (RN) Geneviève Pozzo di Borgo et Philippe Vardon. Pour eux, la démarche de la métropole signe ni plus ni moins « un abandon programmé des liaisons maritimes entre Nice et la Corse sous couvert d’écologie punitive ».

D’autres ports mieux adaptés, selon la métropole

La métropole ne se cache d’ailleurs pas vraiment qu’elle se passerait volontiers de ces ferries qui rejetteraient à quai autant de CO2 que sur « un aller-retour Bruxelles-New York », selon Christian Estrosi. La collectivité avance aussi que « le port de Nice a une configuration qui n’est pas la même qu’à Toulon ou Savone », plus adaptés au transport maritime de passagers, selon elle.

« Les traversées à partir de Nice sont les plus courtes, se déroulent de jour et sont les moins chères. Il s’agit de la ligne la plus économique et la plus écologique pour se rendre en Corse avec sa voiture », défend Pierre Mattei. Mais, à ce jour, la métropole n’en démord pas et promet que la taxe sera bien appliquée. Ses modalités seront « définies prochainement », assure Christian Estrosi.

Une mesure « gadget »

L’annonce de Christian Estrosi n’est pas du goût non plus du groupe écologiste à la mairie et à la métropole. Pour Hélène Granouillac, il s’agit d’une « mesure gadget et inégalitaire ». « Elle n’est ni bonne ni prioritaire pour protéger le milieu marin et l’environnement, avance l’élue. On va taper dans les mauvaises poches et sur les mauvaises personnes alors que la Côte d’Azur accueille jusqu’à 50 % des yachts du monde entier. Il faut une vision d’ensemble et globale ».