Coronavirus à Nice : La distribution de paniers repas s'arrête et les sans-abri « qui ont faim » s'inquiètent

SOCIAL Le 1er juillet, les maraudes du matin, mises en place par le Secours populaire pendant le premier confinement, vont cesser

Elise Martin

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Marie-Jo, bénévole au Secours populaire avec un bénéficiaire lors d'une maraude de jour, le 16 juin 2021 à Nice
Marie-Jo, bénévole au Secours populaire avec un bénéficiaire lors d'une maraude de jour, le 16 juin 2021 à Nice — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Tous les matins depuis le confinement de mars 2020, le Secours populaire, avec ses bénévoles, distribue des paniers repas aux sans-abri « pour tenir toute la journée ».
  • A cause de la charge logistique et financière que cela représente, le secrétaire général de la fédération des Alpes-Maritimes du Secours populaire a annoncé cesser cette distribution de jour.
  • Les bénévoles et bénéficiaires ne comprennent pas et s’inquiètent pour l’avenir.

« Qu’est-ce qu’on va faire, nous ? ». A Nice, cette question est sur toutes les lèvres de la centaine de personnes passées entre 7h30 et 9 heures par la rue Guigonis, à Nice, pour prendre le café, des viennoiseries et « de quoi tenir la journée ». Dans une lettre adressée à la mairie et à la préfecture, le secrétaire général de la fédération des Alpes-Maritimes du Secours populaire, Jean Stellittano, a annoncé l’arrêt des maraudes de jour mises en place exceptionnellement lors du premier confinement.

« Sans cette distribution, ce sera soit la mendicité, soit fouiller les poubelles », annonce Christian, 58 ans, qui vient tous les matins depuis que ce créneau existe. « Covid ou pas covid, les gens ont faim », s’exclame Michel, un autre bénéficiaire niçoise qui vient également pour profiter d’un moment de convivialité. C’est aussi pour cette raison qu’Edith, 70 ans, avec une petite retraite et logée à Carras, se déplace jusque dans le Vieux Nice. « On est en régime forcé car plus ça va, moins il y a de choses. On va se débrouiller mais c’est compliqué l’hiver comme l’été. Cette maraude est une nécessité. »

Un appel au secours… Populaire

Cette distribution a d’abord été impulsée ponctuellement par Marie-Jo, une bénévole qui voyait qu’il n’y avait rien le matin pour les sans-abri. Puis, elle a été pérennisée sept jours sur sept par le Secours populaire et sa quinzaine de bénévoles en mars 2020, avec le ramassage des invendus dans 11 boulangeries tous les soirs et trois points de distribution de 7h30 à 10 heures.

« C’était pour répondre à une situation exceptionnelle, précise Jean Stellittano. Au total, entre 160 et 200 personnes reçoivent un panier chaque jour pour tenir la journée avant la maraude du soir. Mais cette opération demande beaucoup de moyens financiers, 6.000 à 7.000 euros par mois, et une énorme charge logistique. Il n’est pas possible que ce soit l’affaire que d’une seule association dans une ville comme Nice. »

« Il ne faut pas les laisser tomber »

« Cette lettre électrochoc », comme la qualifie le secrétaire général du Secours populaire, était « nécessaire » pour avoir de l’aide. Il aimerait que d’autres prennent le relais car il craint que le nombre de bénéficiaires double cet été. « Ce serait ingérable », selon lui.

La mairie a reçu Jean Stellittano, ainsi que d’autres responsables d’associations niçoises, pour réfléchir à la continuité des maraudes de jour. Pour l’instant, « rien n’est encore concret mais la commune pourra mettre à disposition des locaux et faire l’intermédiaire entre tous les acteurs volontaires », indique Jennifer Salles-Barbosa, adjointe à la mairie aux solidarités et vice-présidente du Centre communal d’action sociale (CCAS).

En attendant, dans quinze jours, ce rendez-vous quotidien cessera alors que la quantité de denrées distribuées diminue déjà. Paul, bénévole très investi de 78 ans, lance « un cri d’alerte, un cri du cœur » pour cette population dans le besoin. « Moi, je peux retrouver une autre association où être volontaire, ce n’est pas le problème. Mais je ne veux pas les laisser tomber. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Ce sont des personnes, des humains, ils ont besoin de ça. »