Côte d’Azur : Un bateau publicitaire sillonne le littoral et ça ne plaît pas à tout le monde

GRAND ECRAN Alors que l'Assemblée a programmé l'interdiction des avions publicitaires, l'initiative de Boatcom, dont les annonces sont censées financer le ramassage de déchets, ne passe pas inaperçue

Fabien Binacchi
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Le bateau de Boatcom évolue à 300m du rivage
Le bateau de Boatcom évolue à 300m du rivage — Boatcom

D’habitude, au mois de mai, à l’occasion de son festival du film, Cannes voit pousser des affiches publicitaires géantes. Un peu partout. Et en toute légalité. L’événement finalement reporté en juillet, les façades des palaces et des immeubles sont restées libres ces derniers jours, et c’est un tout autre type d’affichage qui est venu faire parler de lui. Inédit. Sur l’eau. Alors que l’Assemblée nationale a voté début avril l’interdiction des avions publicitaires à l’horizon 2022. Mais les 32 m2 d’écrans LED fixés sur le bateau de la société Boatcom ont suscité des commentaires pour le moins hostiles. Sur les réseaux sociaux mais aussi de la part du maire de la ville.

Alors que certains internautes regrettent, photos et vidéos à l’appui une « pollution visuelle » gâchant « une superbe vue », David Lisnard (LR), lui, s’est fendu d’un courrier adressé au préfet maritime. Il lui reproche d’avoir « autorisé » cette initiative. « C’est inadmissible car inéquitable et laid », tranché l’élu en conclusion de sa missive. Sollicitée par 20 Minutes, l’autorité préfectorale répond que c’est un vide juridique qui permet à l’entreprise azuréenne de sillonner le littoral depuis l’an dernier.

Le patron de Boatcom peste de son côté contre « les deux poids deux mesures » et rappelle que la première vocation de son bateau est « écologique ».

« On ne fait que passer »

« Boatcom, c’est un bateau qui a été conçu pour ramasser les déchets en mer en étant financé par les annonces de commerçants locaux. On récupère un sac par semaine », présente Jean-Pierre Nevoret. Et il attaque : « Les installations de Ninja Warrior [pour son émission actuellement tournée sur le Vieux-port de Cannes, TF1 installe de grands échafaudages], ça c’est horrible et en plus ça consomme énormément d’énergie. Pourtant le maire de Cannes l’encourage. Les immenses bateaux de croisière immobiles dans la baie, ça, c’est une pollution visuelle indéniable. Nous, on ne fait que passer. »

Cet entrepreneur s’est lancé en 2019. Il sollicite alors la préfecture maritime. « On nous a opposé un décret de 1929 qui ne pouvait pas s’appliquer. On a essayé de nous interdire de naviguer. Mais cet hiver, j’ai pris un cabinet juridique et il était clair qui rien ne s’opposait à ce qu’on faisait », poursuit Jean-Pierre Nevoret.

La préfecture maritime confirme qu’elle avait d’abord tenté de soumettre l’activité de Boatcom à « une autorisation préalable du préfet ». Démarche qui avait été suivie d’un recours en contentieux finalement retiré. Car l’autorité ne peut pas s’opposer à ce qu’un bateau affiche de la publicité au-delà de la bande des 300 m, gérée par les communes.

« Le risque est d’en avoir plusieurs »

« Nous n’y sommes pas favorables mais, en l’état, nous n’avons pas les moyens de l’interdire. La réglementation est fragile. Le risque est pourtant que l’on se retrouve avec plusieurs de ces bateaux publicitaires » le long des côtes très fréquentées par les touristes, pointe la capitaine de vaisseau Christine Ribbe, porte-parole du préfet maritime. D’autant plus que certains pourraient y voir une aubaine en passant de l’air à l’eau.

L’an dernier, les services de l’Etat avaient bien tenté de trouver une issue en récoltant l’avis des 43 communes du littoral azuréen devant lesquelles Boatcom voulait naviguer. Seulement deux, Fréjus et Saint-Mandier, dans le Var, y étaient favorables. Les autres et notamment celles des Alpes-Maritimes s’y étaient opposées ou n’avaient pas tranché.

Cette année, la préfecture maritime a donc sollicité le ministère de la Transition écologique et solidaire pour que des réglementations soient fixées dans le cadre de la loi Climat et résilience. « Nous sommes favorables à ce que la mer reste un espace de liberté », sans pollution visuelle poursuite la porte-parole. Des consultations sont en cours.