Loi « sécurité globale » : Pourquoi plus de 200 policiers municipaux, soutenus par le maire, se sont rassemblés à Nice ?

RASSEMBLEMENT Vendredi, les agents municipaux ont contesté place Masséna à Nice la décision du Conseil constitutionnel de « censurer plusieurs articles de la loi sécurité globale » d’après un communiqué de la mairie

E.M.

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Vendredi 21 mai 2021, sur la place Masséna à Nice, 200 policiers municipaux se sont rassemblés avec Christian Estrosi à leurs côtés
Vendredi 21 mai 2021, sur la place Masséna à Nice, 200 policiers municipaux se sont rassemblés avec Christian Estrosi à leurs côtés — Ville de Nice
  • Jeudi, le Conseil constitutionnel a censuré une large partie de la loi « sécurité globale ».
  • Selon un communiqué de la mairie, plus de 200 policiers municipaux se sont réunis sur la place Masséna à Nice, vendredi pour contester cette décision.
  • Pour le président du Syndicat de défense des policiers municipaux, l’appel au rassemblement concernait la défense du volet social. Il dénonce « une manipulation ».

Jeudi, le Conseil constitutionnel a censuré une large partie de la loi « sécurité globale », notamment l’article qui organisait l’utilisation des drones par les forces de l’ordre et celui sur l’extension des compétences de la  police municipale.

D’après les informations communiquées par la ville de Nice, ce sont notamment pour ces raisons que plus de 200 agents municipaux se sont rassemblés vendredi sur la place Masséna, avec Christian Estrosi à leurs côtés. Dans le même temps, un autre mail a été envoyé aux policiers, que 20 Minutes a pu consulter. La mairie remercie cette fois « l’ensemble des agents PM, ASVP et administratifs pour avoir répondu présents en nombre à l’appel de monsieur le maire, pour la défense du statut et du volet social de la police municipale ».

Le président d’un syndicat dénonce une manipulation

Décision du Conseil constitutionnel ou défense du volet social ? Les raisons du rassemblement ne semblent pas claires. C’est ce qui dérange Cédric Michel, président national du Syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM), qui dénonce « une manipulation ».

« Après le rassemblement et le discours du maire, une quarantaine d’adhérents m’ont appelé et m’ont demandé pourquoi ils avaient manifesté. Ils n’étaient pas au courant de cette décision du Conseil constitutionnel et pensaient être présents pour défendre leur statut et le volet social. C’est en tout cas ce qu’on leur avait dit vendredi matin, lorsque la maire avait appelé à se rassembler. »

Le président du SDPM rappelle que, concernant la loi « sécurité globale », la police municipale n’a pas été consultée et qu’elle la rejetait. « Tout au long des débats, nous, ce qu’on réclamait, c’était le volet social. C’était notre seule préoccupation parce qu’on a assez de prérogatives. La mairie de Nice ne doit pas mêler les policiers municipaux si elle veut contester les décisions du Conseil constitutionnel. »

« Ce n’était pas une manifestation »

Lors de la manifestation, les policiers municipaux ont déposé leurs menottes au sol. Ce geste symbolique « était orchestré par une instruction donnée », selon le président du SDPM. Il développe : « Plusieurs éléments montrent que ce n’était pas une manifestation. D’abord, c’est à la suite d’un mail de la mairie que les policiers se retrouvent. Ensuite, aucune organisation syndicale n’y participe. A ce rassemblement, les agents sont en rang d’oignons, devant les élus, jettent leurs menottes et reçoivent un mail de remerciements. C’était complètement organisé. Une manifestation de policiers, ça ne ressemble pas à ça. »

Contacté par 20 Minutes, le directeur de la police municipale de Nice, Richard Gianotti, affirme que « ce mouvement de protestation » était bel et bien une façon de « manifester la déception des policiers municipaux ». Selon lui, cette loi aurait permis « d’avoir plus de pouvoir donc plus de responsabilités et à partir de là, prétendre à des avancées sociales ». Il ajoute : « Tout est lié. C’est évident pour moi. Je regrette que certains syndicats n’aient pas vu ces enjeux. »

Le directeur de la police municipale assure que personne n’a été obligé de se rendre à cet événement où « à peine la moitié des agents étaient présents ». La police municipale compte 550 effectifs.

Il conclut : « Ce qu’on demandait, ce n’était pas une révolution, on voulait juste être plus autonomes pour désengorger les services de police et de justice. Comme pour l’usage de stupéfiants ou les ventes à la sauvette. Ce sont des interventions pour lesquelles la police nationale aujourd’hui n’a plus les moyens d’intervenir. Au total, on fait plus de 6.000 interpellations par an. On contribue tous les jours à la sécurité de tous. Avec cette décision du Conseil constitutionnel, ce seront les citoyens les premières victimes. »