Nice : La fille de l’architecte du TNN s’oppose à sa destruction et dénonce « une atteinte culturelle patrimoniale »

PROPRIETE INTELLECTUELLE Inauguré en 1989, le Théâtre national de Nice doit laisser sa place à un prolongement de la coulée verte lancé par Christian Estrosi

Fabien Binacchi

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Le bâtiment est entièrement recouvert de marbre clair
Le bâtiment est entièrement recouvert de marbre clair — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Pour pouvoir prolonger la promenade du Paillon, un espace végétalisé du centre-ville de Nice, Christian Estrosi veut raser le palais des expositions et le théâtre national.
  • La fille d’Yves Bayard, l’architecte de ce lieu de culture, s’oppose fermement à ce projet.

Dans la continuité de la promenade du Paillon, ses facettes de marbre clair renvoient la lumière du soleil. Inauguré en 1989 pour remplacer un bâtiment temporaire recouvert de tôle, le Théâtre national de Nice compte pourtant ses heures. Le maire LR de Nice veut raser « début 2022 » l’imposant octogone, haut lieu de la culture azuréenne, pour poursuivre sa coulée verte. Une perspective que dénonce aujourd’hui la fille de l’architecte Yves Bayard, voyant là « une atteinte à l’œuvre et au droit moral de l’artiste ».

Martine Bayard, unique ayant droit du créateur des lieux, explique « s’opposer formellement » au projet de destruction qu’elle dit avoir appris « de façon fortuite, par la presse ». Elle défend le travail de son père. « En vertu de l’article L.121-1 du code de la propriété intellectuelle, l’auteur dispose d’un droit moral sur son œuvre. Ce droit est "perpétuel, inaliénable et imprescriptible", et "transmissible à cause de mort aux héritiers de l’auteur" », explique-t-elle citant des textes de loi.

« Un ouvrage public peut évoluer en raison de l’intérêt public »

« Un des attributs de ce droit moral est le droit au respect de l’intégrité de l’œuvre. Comme l’a rappelé la jurisprudence, ce droit "en interdit toute altération ou modification, quelle qu’en soit l’importance" » poursuit-elle, paraphrasant une décision de la cour de cassation rendue en février 1998 et restant ouverte à une évolution du bâtiment.

Décédé en 2008, Yves Bayard a signé de nombreuses réalisations sur la Côte d’Azur. Et notamment, toujours à Nice, la première et unique sculpture monumentale habitée, « La Tête carrée », un cube dont l’une des façades forme un visage inspiré d’un modèle de son ami sculpteur Sacha Sosno. Elle abrite les bureaux de la bibliothèque municipale.

Sollicitée par 20 Minutes, la ville de Nice indique qu’une rencontre est prévue « dans les prochains jours », entre Martine Bayard et le maire de Nice Christian Estrosi en compagnie de son adjoint au patrimoine Me Gérard Baudoux. Elle fait également valoir que « le droit du respect de l’intégrité d’une œuvre architecturale n’est pas intangible et absolu ».

« Un ouvrage public peut évoluer ou être démoli en raison de l’intérêt public », précise encore la municipalité qui rappelle sa volonté de « conserver et de valoriser le Musée d’art moderne et contemporain [MAMAC] », également dessiné par Yves Bayard, et « insuffisamment mis en valeur dans sa configuration actuelle ».

Un budget passé de 33 à plus de 75 millions d’euros

« Notre réalisation de forêt urbaine, 8 ha de verdure en plein centre-ville, 50 t de carbone absorbées par an grâce à la végétalisation plantée, 40 % de bruit en moins et 2 à 3 degrés de baisse de la température de l’air, représente bien un aménagement d’intérêt général », avance l’hôtel de ville.

Un projet aujourd’hui lancé pour 75,6 millions d’euros, contre 33 millions annoncés avant la dernière élection municipale, en juin 2020. Inclus dans le Contrat de relance et de transition écologique que le gouvernement doit signer ce jeudi avec la métropole Nice Côte d’Azur, il prévoit également de raser le palais des congrès Acropolis, mais plus la démolition de deux hôtels attenants, leurs baux emphytéotiques étant trop chers à résilier.

« Les équipements du TNN sont obsolètes et nécessiteraient 18 millions d’euros de travaux pour s’adapter aux exigences actuelles », explique encore la mairie. Pour ses activités, le théâtre récupérera une petite salle dans un ancien couvent en rénovation dans le Vieux-Nice où les travaux retardés par le Covid-19 doivent s’achever pour janvier-février 2022. Pour la grande salle, l’échéance est plus lointaine, pas avant 2024 ou 2025.