Confinement dans les Alpes-Maritimes : Pour les libraires, soulagés de rester ouverts, « notre combat en novembre était légitime »

CULTURE En novembre, une librairie cannoise avait fait de la résistance en restant ouverte malgré les mesures gouvernementales

Elise Martin
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La librairie Masséna à Nice, le vendredi 19 mars 2021
La librairie Masséna à Nice, le vendredi 19 mars 2021 — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Depuis un décret publié le 26 février au Journal officiel, les librairies et les disquaires ont rejoint la liste des commerces dits « essentiels » et peuvent rester ouverts en cas de confinement. 
  • À partir de samedi, les Alpes-Maritimes sont confinées à nouveau, et ce, pendant au moins quatre semaines. 
  • Pour certains libraires, cette reconnaissance est un « soulagement » mais ils sont tout de même inquiets pour l'avenir, notamment si les autres commerces restent fermés. 

« On va fonctionner absolument normalement, du lundi au samedi, de 10 heures à 19 heures, sourit Bastien Prenat, qui travaille à la libraire Masséna de Nice. Depuis les annonces, on reçoit beaucoup d’appels pour savoir si on reste ouvert. On est très content de pouvoir leur répondre que oui. » Jeudi soir, le premier Ministre a précisé que les commerces « essentiels » comprenaient les libraires et les disquaires. Les habitants des seize départements, dont les Alpes-Maritimes, concernés par un  reconfinement de quatre semaines, pourront donc aller acheter leurs livres normalement, le couvre-feu étant effectif à partir de 19 heures. « Une victoire » pour la librairie Autour d’un livre à Cannes.

« On va pouvoir travailler en légalité », se réjouit Florence Kammermann. Cette libraire cannoise était en « résistance » en novembre et « avait manqué de peu » la fermeture administrative en restant ouverte malgré les mesures imposées du deuxième confinement. Après le discours de Jean Castex, elle souffle : « Je ne me suis pas battue pour rien. Le gouvernement montre que le combat était légitime et justifié ». Elle émet tout de même quelques réserves : « On a beaucoup de projets qui tombent à l’eau comme les dédicaces et les conférences. On continue de subir. On va quand même avoir une baisse de fréquentation parce qu’on fonctionne avec les autres commerces. S’ils sont fermés, il va y avoir une désertification des villes et ce sera l’effet domino. C’est important de rester solidaires dans ces moments-là. »

« On est le dernier moyen des gens de se cultiver »

Ces interrogations, Betty Eslapez, gérante de la librairie Jean Jaurès à Nice, les partagent. « C’est encore une nouveauté. Pour le moment, on ne va rien changer et on verra comment ça évolue. Avec les trois derniers week-ends confinés, on a perdu nos plus grosses journées. » Ce qu’elle retient surtout, c’est que « les libraires ont eu gain de cause » et que « le livre est enfin reconnu comme un bien essentiel ».

De l’autre côté de la promenade du Paillon, dans la librairie Masséna, Bastien Prenat est ravi de cette nouvelle. « Il y a un vrai regain pour le livre. On est là pour les gens et on sent qu’ils en ont besoin. C’est une manière pour eux de s’instruire, de voyager. On est leur dernier moyen de se cultiver. Alors, il y a eu peut-être un petit phénomène où des clients ont voulu stocker avant d’être confinés. Ce qui explique qu’on a la tête dans le guidon. Mais en réalité, c’est comme ça depuis le premier déconfinement. »

Pour Estelle Barla, en études de géographie, c’était « effectivement essentiel que les librairies restent ouvertes ». Elle développe : « J’ai eu peur avec les annonces alors je me suis dit que c’était le moment ou jamais d’aller récupérer mes livres. C’est d’autant plus important parce que je viens souvent pour mes cours. Sinon, je suis obligée de commander sur Internet ». Elle conclut : « Je suis soulagée de pouvoir soutenir les libraires locaux. »