Coronavirus à Nice : « Les chiffres font peur », des associations alertent sur la hausse du nombre de sans-abri

PRECARITE Le 21 février, plus de 130 bénévoles de seize associations différentes ont organisé le premier recensement de personnes sans domicile stable à Nice

Elise Martin
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Des SDF dans une rue de Nice
Des SDF dans une rue de Nice — SYSPEO/SIPA
  • 1.324 personnes sont en grande précarité dans les rues de Nice.
  • 50 % d’entre elles ne l’étaient pas il y a un an.
  • « Il n’y a rien qui indique que ça ira mieux demain », s’inquiète le secrétaire général de la fédération des Alpes-Maritimes du Secours populaire.

« 50 % des personnes qu’on a rencontrées sont à la rue depuis moins d’un an », constate Tanja Jakic de l’association Solidarité 06 qui fait directement le lien avec la crise du Covid-19. Avec quinze autres organismes qui œuvrent à Nice, elle a organisé le premier recensement des populations sans domicile stable pour « mieux connaître la situation, organiser d’une meilleure manière les maraudes et répondre plus rapidement aux besoins ».

« On s’est rendu compte qu’il y avait de plus en plus de monde lors des distributions, continue Tanja Jakic. En mars 2020, on était à 100 repas par soir. On est ensuite passé à 150 et là, à partir de samedi, on augmente encore. »

« L’image du SDF a bien changé, ça pourrait être vous ou moi »

Après cette journée, une réalité et des chiffres qui « font peur ». Tanja Jakic commente : « 1.324 personnes vivent dans une grande précarité. Il y a un an, la moitié d’entre elles avaient un travail, un logement et une vie normale. Aujourd’hui, l’image du SDF a bien changé. Ça pourrait être vous ou moi ».

Les associations les appellent « les nouveaux pauvres ». Ceux qui viennent d’arriver dans la rue, « des victimes de la crise sanitaire », selon Jean Stellittano, secrétaire général de la fédération des Alpes-Maritimes du Secours populaire.

« On avait déjà réalisé un sondage en septembre. À ce moment-là, c’était 40 % des personnes qui étaient "nouvelles". Et encore, on avait eu une petite saison estivale. Mais les chiffres ne font que croître. La région est particulièrement touchée parce qu’elle a un secteur touristique et événementiel important. Ce qu’on redoute, c’est la fin de la trêve hivernale. Les personnes vont être expulsées des lieux d’hébergement, les entreprises vont déposer leur bilan. Le mois de juin va être une nouvelle étape. Il va falloir une vraie mobilisation de l’État et citoyenne. »

« Nous nous tenons prêts si un besoin apparaît à nouveau en juin »

Pour le représentant local du Secours populaire, le problème avec ces nouveaux profils, « c’est qu’ils ne connaissent pas les dispositifs et qu’ils ont honte de leur situation ». Il poursuit : « Le plus effrayant, ce sont les 6 % de sans-abri qui ont moins de 24 ans. Le plus dur quand un jeune arrive dans la rue, c’est de le faire ressortir. En plus, c’est un public invisible, qui fait tout pour qu’on ne le remarque pas. »

Un constat alarmant que fait également Jennifer Salles-Barbosa, adjointe aux solidarités et vice-présidente du Centre communal d’action sociale (CCAS) : « Ce qu’on peut assurer, c’est la hausse du nombre de personnes aux distributions. Mais le recensement est délicat parce que ces populations fluctuent. Du jour au lendemain, ça peut être tout à fait différent ».

Elle ajoute : « Aujourd’hui, il y a très peu de refus dans les centres d’hébergements. La suite est d’autant plus inquiétante puisqu’on subit déjà des répercussions de la crise sanitaire. Et après, ce sera la crise économique. Il y aura d’autres enjeux. » L’année dernière, les dispositifs n’ont pas fermé après la trêve hivernale, si un besoin apparaît cette année, « nous nous tenons prêts à réagir également. La priorité est de protéger tous les publics et d’anticiper au mieux », soupire Jennifer Salles-Barbosa.