Nice : De la chasse aux tags à un mur d’expression, le street art s’impose doucement en ville

CULTURE Les Galeries Lafayette ont collaboré avec trois street artistes pour le lancement de leur nouvelle collection, les œuvres resteront sous les arcades de la place Masséna jusqu’au 20 mars

Elise Martin
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L'œuvre d'Otom, street artiste niçois sous les arcades des Galeries Lafayette à Nice
L'œuvre d'Otom, street artiste niçois sous les arcades des Galeries Lafayette à Nice — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Il y a dix ans, la ville de Nice faisait « la chasse aux tags ». Aujourd’hui, un mur d’expression libre est disponible rue du XVe Corps, à 50 mètres de la piscine Jean-Bouin pour tous ceux qui veulent peindre.
  • L’association Whole Street, dont font partie les trois artistes du projet des galeries Masséna, a été créée en 2014 pour « développer l’art urbain » à Nice.

« Il y a dix ans, la ville de Nice faisait la chasse aux tags. Aujourd’hui, on inaugure un mur d’expression libre. Petit à petit, on rend notre art acceptable », lance Otom, le fondateur de l’association Whole Street. De cette manière, il montre « que tout le monde peut s’y mettre et aller développer son style. C’est important pour la représentation ». Depuis sept ans, il se bat pour le développement de  l’art urbain à Nice.

« L’association, c’était pour créer une entité de street artistes et discuter avec les pouvoirs publics, continue le Niçois. Aujourd’hui, on est une dizaine. On a été sollicité pour les travaux du tram, pour un chantier à Lingostière. Les gens commencent à vouloir avoir de l’art dans la rue. Le but c’est d’être présent dans l’espace public et de continuer des partenariats avec le privé. » C’est dans ce contexte que les Galeries Lafayette Masséna ont également demandé à trois street artistes de personnaliser les arcades [dont ils sont propriétaires] pour le lancement de leur nouvelle collection « Happy Galeries ».

Otom, Brian Caddy et César Malfi ont relevé le défi. En quatre jours, ils ont créé des œuvres éphémères sur la vingtaine de piliers sur du papier contrecollé pour éviter de dégrader les arcades. Des formes et des couleurs, des anamorphoses ou des portraits. Chacun a son style.

Otom, le portraitiste

Des visages qui représentent « la joie de vivre, des sourires éclatants et des yeux rieurs ». C’est la touche d’Otom, street artiste depuis « toujours ». « Faire des portraits, c’est rendre hommage à une personne. J’aime transposer ce côté humain sur les murs. »

En 2014, il crée l’association Whole Street pour regrouper les artistes. Sans réelle représentation et avec une « chasse aux tags », ils sont peu nombreux sur la Côte. « On est dans une ville où la culture qui domine est celle du luxe. C’est alors tout un travail d’éducation à la population à notre forme d’art qu’on entreprend avec nos projets. » Même si dans d’autres villes le mouvement prend davantage, Otom restera sur la Côte. « C’est toujours intéressant de créer quelque chose. Si je fais comme les autres et que je pars, le street art à Nice n’aura jamais sa place. Autant que ce soit nous qui la fassions ».

D’ailleurs, avec les arcades de Masséna, « c’est la première fois qu’on amène l’art urbain en plein cœur de Nice. Les gens n’ont pas l’habitude d’en voir à cet endroit. Mais avec cette période, ça les touche d’avoir un accès à des œuvres, qu’importe soient-elles. »

Les anamorphoses de César Malfi

César Malfi​ partage l’avis d’Otom. « On est dans une ville d’artistes. C’est un vrai enjeu de développer l’art urbain. » Lui, il le fait à travers les anamorphoses. Il veut que le spectateur « se déplace et joue avec l’œuvre ». De cette manière, il « communique avec la personne ». « Je sais qu’on ne pourra jamais démocratiser le vandal alors j’ai envie d’aller plus loin et faire profiter tout le monde à ma façon. »

César Malfi devant son œuvre sous les arcades des Galeries Lafayette sur la place Masséna de Nice
César Malfi devant son œuvre sous les arcades des Galeries Lafayette sur la place Masséna de Nice - E. Martin / ANP / 20 Minutes

Il développe : « Je veux créer un dialogue avec les passants en les mettant au cœur de mes œuvres. » Il s’inspire aussi de la Renaissance qu’il considère comme « l’apogée de la qualité picturale ». Même s’il aime cet art « plus traditionnel », dans la rue, « il y a un message plus fort ». « Les murs ne sont pas amovibles. L’œuvre figée à un seul endroit, ça donne plus de valeur. C’est comme si je mettais un morceau de moi quelque part. » Il sourit : « Plus j’aurai recouvert de murs, plus je serai heureux. »

Les formes et la couleur de Brian Caddy

Brian Caddy baigne dans la culture hip-hop depuis ses 14 ans, il en a 32 aujourd’hui. Autour de lui, le mouvement était « très timide ». « Quand j’ai commencé, chaque graff était nettoyé. Grâce à Whole Street, on s’est rapproché des élus et on a été collaboratif en aidant à décorer la ville de notre manière ». Il a alors développé son style. « Les formes, les couleurs, les bonnes vibes. » Pour lui, « c’est une chance d’avoir la rue comme support. On redonne vie à l’art et aux liens sociaux. Quand je peins, j’ai des super échanges avec les passants. »

L’artiste s’est d’ailleurs confronté aux « classiques » de l’art en faisant un « clin d’œil à ceux restés bloqués dans les musées ». Il est allé devant les musées de la région pour peindre sur du cellophane une œuvre en référence à ce qu’il y avait à l’intérieur. « De cette manière, certains conservateurs sont venus chercher mon contact ».