Coronavirus à Nice : « On est en train de vivre une crise humanitaire », quand la pauvreté s'intensifie avec la crise sanitaire

SOCIETE D’après le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités, Nice est la quatrième ville la plus pauvre de France avec 74.000 habitants vivant sous le seuil de pauvreté

Elise Martin
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Au Secours populaire, «on est passé de 5.000 personnes aidées par mois à plus de 11.000»
Au Secours populaire, «on est passé de 5.000 personnes aidées par mois à plus de 11.000» — SYSPEO/SIPA
  • De plus en plus de personnes ont recours à une aide alimentaire.
  • Au Secours populaire des Alpes-Maritimes, le chiffre a doublé, passant de 5.000 personnes à 11.000 en un an.
  • Le secrétaire général de la fédération du département est très inquiet en ce qui concerne les mois qui arrivent.

D’après l’Observatoire des inégalités, le taux de pauvreté en France s’élève 14 % de la population. À Nice, il atteint 21 %. Et avec la crise du Covid-19, la situation « risque de s’aggraver », affirme Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice LR des Alpes-Maritimes, membre de la mission d’information sur l’évolution et la lutte contre la précarisation et la paupérisation depuis fin janvier. Elle ajoute que "toutes les associations le constatent". "La précarité s’intensifie et touche de plus en plus de personnes avec des publics inédits, dit-elle. C’est très inquiétant."

« Depuis bientôt un an, il y a tout un pan de la société qui survit grâce aux aides économiques délivrées par l’État. Mais lorsqu’elles vont diminuer ou s’arrêter complètement pour certains, il y aura encore plus de dégâts », poursuite la sénatrice. D’après l’élue, « les rangs des personnes qui ne peuvent plus se nourrir ont grossi. On peut parler d’une crise humanitaire parce qu’elle touche tous les profils et toutes les générations. Le Covid est un accélérateur, mais aussi un révélateur, d’une dynamique qui était déjà bien présente sur notre territoire ».

De 5.000 à 11.000 personnes bénéficiaires par mois

Le secrétaire général de la fédération des Alpes-Maritimes du Secours populaire, Jean Stellittano, confirme ce constat : « Depuis début mars, nous sommes passés de 5.000 personnes aidées par mois à plus de 11.000. On a multiplié par trois le nombre d’étudiants bénéficiaires ». Dès les premiers jours de confinement, des files de quatre à cinq heures se formaient devant les antennes ouvertes sept jours sur sept.

Il ajoute : « La situation est d’autant plus grave sur la Côte d’Azur puisque c’est un territoire qui vit beaucoup du tourisme et de l’événementiel, des secteurs complètement à l’arrêt. On a donc énormément d’autoentrepreneurs, des saisonniers, des petits commerçants, des personnes qui n’auraient jamais imaginé un jour dans leur vie devoir franchir le pas de l’association. Aujourd’hui, tout le monde a quelqu’un dans son entourage qui a été touché par cette crise ». À la crise du coronavirus s’ajoutent « le coût de la vie et celui des loyers du fait d’être dans une grande ville » qui expliquent la quatrième place de Nice en termes de pauvreté, affirme la sénatrice.

Des perspectives inquiétantes pour l’avenir

Le secrétaire général départemental de l’association est très inquiet pour les mois qui arrivent. « Il va y avoir des entreprises qui vont déposer le bilan, d’autres qui vont subir des surendettements ». Et le Secours populaire a déjà doublé le nombre de personnes à aider. « On ajoute 60.000 € par mois d’achats de marchandises alimentaires, une chose qui ne s’était jamais produite avant mars », précise Jean Stellittano. L’association bénéficie du fonds européen, des invendus des magasins et de collectes, habituellement suffisant pour les besoins nécessaires. « En plus, on vit actuellement de notre trésorerie puisque le ministère de l’Économie n’a toujours pas décidé le budget 2021 pour le secteur social/solidarité », souligne-t-il.

Pour Dominique Estrosi-Sassone, pour anticiper l’aggravation de la pauvreté, il faudrait, en plus de continuer les accompagnements mis en place par la ville de Nice, mettre en place un « socle » financier qui permettrait à cette partie de la société victime de la crise du coronavirus de « subsister et d’avoir un minimum de moyens ». Il serait distribué « sous certaines conditions d’engagement de la part des bénéficiaires ». Le Covid-19 aura fait revivre les débats de 2017 autour d’un revenu minimum universel.