Nice : «Je pleurais tout le temps»... Des étudiants infirmiers craquent

FORMATION Depuis la rentrée de septembre, treize étudiants en deuxième année de l’Institut de formation de soins infirmiers (Ifsi) de la Croix-Rouge ont abandonné

Elise Martin

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Un infirmier dans un hôpital (Illustration)
Un infirmier dans un hôpital (Illustration) — Frederic Scheiber/20 Minutes
  • En novembre, l’Agence régionale de santé Paca a interrompu les formations des 25 Ifsi de la région.
  • Après avoir reçu les étudiants, l’ARS a annoncé la reprise des cours au bout de quinze jours. Pour certains, c’est à ce moment qu’ils ont décroché.
  • Au pôle ressources humaines du centre hospitalier de Nice comme les conseils techniques pédagogiques de l’ARS de la région, on assure que « les équipes font du mieux possible avec les contraintes actuelles ».

« À l’Institut de formation de soins infirmiers (Ifsi) de la Croix-Rouge à Nice, treize étudiants en deuxième année ont abandonné depuis septembre, c’est plus de 10 % de notre promotion », regrette Loann Gendre, déléguée de son année.

Parmi eux, Lou Blouvac. « En novembre, on a eu un arrêt de formation soudain pendant deux semaines [l’Agence régionale de santé Paca a imposé la fermeture des 25 Ifsi de la région]. À partir de là, j’ai réellement décroché ». Elle complète : « Ce sont des études difficiles moralement et physiquement. Les étudiants infirmiers ne sont pas valorisés, les conditions d’apprentissage sont complexes sur les lieux de stages. Beaucoup craquent. J’avais tellement de pression que je pleurais tout le temps ».

Pour elle, il y a un manque d’intérêt pour la santé mentale des élèves. « On a effectué nos stages avec des équipes soignantes débordées. Ça crée des angoisses parce qu’on a des lacunes à cause de nos expériences manquées ».

« On rentre dans le monde professionnel en étant déjà affaibli »

Loann Gendre reprend : « Depuis la reprise, en deuxième année, on fait nos stages, on passe nos partiels, on prépare la mise en place des séances de prévention dans les établissements et on suit nos cours à distance. D’un côté, je pense qu’on aura forcément des imperfections mais on saura d’autant plus forts parce qu’on aura survécu à cette période, d’un autre, on a déjà tout donné, ça veut dire qu’on rentre dans le monde professionnel en étant affaibli. »

Pour Karine Hamela, la directrice du pôle ressources humaines du CHU de Nice, « à la réouverture des Ifsi, on s’est réorganisé et on va pouvoir assurer aux étudiants ce qu’ils ont à rattraper. Certes, ils sont formés différemment mais les futurs employeurs, comme le CHU, tiennent à maintenir la transmission des savoirs et les accueillir dans les meilleures conditions ».

« Ils sont incontournables pour notre société, ils sont nos futurs soignants »

Une certitude que partage Sylvianne Caillat, conseiller technique pédagogique régional à l’ARS. « On a travaillé avec l’ensemble des formations pour voir comment elles pouvaient aménager l’apprentissage. Les équipes font du mieux possible avec les contraintes actuelles, elles essaient de mettre les étudiants dans les meilleures conditions. On continue d’observer la situation avec attention car on a conscience du malaise des étudiants ».

Elle ajoute : « On a le souci de répondre à leurs inquiétudes et au besoin d’avoir des professionnels compétents sur le terrain. On sait à quel point ils sont incontournables pour notre société, ils sont nos futurs soignants. Ils sont bien plus compétents qu’ils ne le pensent, ils vivent une histoire qu’on est en train de vivre en étant le secteur au cœur de l’actualité ».

Des portes ouvertes du CHU de Nice seront bientôt organisées (par visioconférence) pour « attirer les jeunes » dans ce domaine en manque d'effectifs. Actuellement, le centre hospitalier recrute 60 à 100 professionnels de santé.