Coronavirus dans les Alpes-Maritimes : « Jusqu’à dix admissions en réa sur un seul jour » dans le département

INTERVIEW Selon le Pr Carole Ichai, cheffe du pôle anesthésie-réanimation-urgences du CHU de Nice, il faudrait peut-être « ne confiner que les personnes les plus à risque »

Propos recueillis par Fabien Binacchi
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L'entrée de l'hôpital Pasteur 2 du CHU de Nice
L'entrée de l'hôpital Pasteur 2 du CHU de Nice — SYSPEO/SIPA
  • Mardi, la capacité en réanimation a flirté avec les 90 % dans le département des Alpes-Maritimes.
  • « On est prêt à augmenter la capacité si besoin, mais l’heure n’est plus à déprogrammer les autres opérations », explique le Pr Carole Ichai, cheffe du pôle anesthésie-réanimation-urgences du CHU de Nice

Après avoir encore une nouvelle fois dépassé le record, mardi, le nombre de malades du Covid-19 soignés simultanément dans les services de  réanimation azuréens a diminué à nouveau ce mercredi, passant de 92 à 85 personnes.

Mais, les Alpes-Maritimes, département actuellement le plus touché par l’épidémie en terme d’incidence, reste « sur un plateau », selon le Pr Carole Ichai. 20 Minutes fait le point avec la cheffe du pôle anesthésie-réanimation-urgences du CHU de Nice.

Le professeur Carole Ichai

Mardi, la capacité en réanimation a flirté avec les 90 % dans le département. Quelle est la situation actuelle ?

Nous avons procédé à trois transferts rien que pour le CHU de Nice [un vers Marseille il y a deux semaines et deux vers Vannes, en Bretagne, jeudi]. Jusqu’au milieu de la semaine dernière, nous avons eu à faire face à un flux assez important. Il y a jusqu’à dix admissions en réanimation en une seule journée dans les établissements du département. Depuis, nous sommes sur une sorte de plateau avec une dizaine de lits toujours disponibles. Et on est prêt à augmenter la capacité si besoin, mais l’heure n’est plus à déprogrammer les autres opérations. On est prêt à s’adapter. Sur du long terme, puisque selon les modélisations, on ne doit pas attendre de mieux avant mai ou juin. Il faudra aussi composer avec le vaccin et avec les variants.

Justement, le variant anglais par exemple vous fait-il craindre une augmentation du nombre de cas et donc, potentiellement, de cas graves ?

Il est encore difficile de savoir comment il se répand. Les séquençages ne sont pas assez nombreux. Mais il est déjà là, et depuis quelques mois, c’est sûr. Sa contagiosité est plus importante, pas spécialement sa dangerosité, selon les informations que l’on a. Alors, on peut en effet s’inquiéter, mécaniquement, d’un nombre d’hospitalisations en hausse s’il vient à toucher des personnes à risques.

Comment expliquer que le département soit toujours le plus touché, depuis plusieurs semaines, en nombre de cas confirmés (450 pour 100.000 habitants) ?

Personne ne sait vraiment l’expliquer mais il y a des particularités qui peuvent peut-être rentrer en ligne de compte. La proximité d’une frontière, le tourisme, l’aéroport…

Le couvre-feu à 18h montre-t-il des effets bénéfiques ?

On n’en sait rien pour le moment. C’est trop tôt. Le premier confinement avait par contre très bien marché. Mais il a des effets délétères. Au-delà des problèmes économiques. Les conséquences psychologiques sont importantes. On a même vu des dépressions gravissimes chez des enfants. Le covid, il faut le prendre en charge. Mais il faudrait plutôt des systèmes de confinement hybride, en ne confinant peut-être que les personnes les plus à risque. Nous avons des patients en réanimation de 60 ans, de 50 ans même, mais il s’agit à chaque fois de personnes à risque.