Pas besoin d’en importer du Mexique, l’avocat pousse sur la Côte d’Azur « en circuit court et biologique »

ALIMENTATION Avec une importation qui avoisine les 122.000 tonnes par an, la France est le premier pays consommateur de ce fruit d’Europe

Elise Martin

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Un avocat de l'exploitation de Carros, à l'ouest de Nice.
Un avocat de l'exploitation de Carros, à l'ouest de Nice. — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • La consommation d’avocats ne cesse d’augmenter en Europe depuis quelques années.
  • Le climat et les sols de la Côte d’Azur sont idéaux pour la production de ce fruit.
  • Un arbre peut produire près de 800 avocats par saison.

Ces dernières années, il est devenu la star des réseaux sociaux. Écrasé sur un toast, en guacamole ou dans des salades, l’avocat est aussi très critiqué pour sa production intensive au Mexique. Mais les Azuréens peuvent en profiter localement, sans pour autant voyager à plus de 10.000 km. À Menton ou à Carros, à l’ouest de Nice, les producteurs prouvent qu’une consommation responsable est possible.

« Il y a trente-cinq ans, mon frère m’a donné le noyau d’un avocat qu’il avait acheté dans une grande surface, se souvient Josiane Pancioni, maraîchère à Carros. J’étais curieuse de ce que ça pourrait donner et je l’ai planté. Je n’y croyais pas du tout mais ça fait maintenant une quinzaine d’années que je récolte chaque année entre 800 et 1.000 avocats par saison ».

« Mon avocatier ne boit que de l’eau de pluie »

« Il y a beaucoup de demandes. Parmi mes clients, ceux qui consomment beaucoup sont les végétariens par exemple. Ils aiment le fait que ce soit en circuit court mais surtout, ils savent comment il est cultivé ». L’impact environnemental est important lorsqu’il s’agit de la production d’avocat. Pour la Carrossoise, ce n’est pas un problème. « Tout ce que je cultive est fait de manière biologique. Et pour ce qui est de la consommation excessive d’eau des avocatiers, je ne me sens pas concernée. Le mien, je ne l’arrose pas. Il ne boit que l’eau de pluie. Je l’entretiens comme un olivier, en le taillant ».

Elle ajoute : « Notre climat se rapproche de celui de la Californie, tempéré et surtout pas de gel. Plus au nord en France, la production est impossible pour cette raison. S’il gèle, les avocats deviennent noirs et tombent ». Il faut savoir que les fruits ne se cueillent pas encore mûrs, de novembre à février. Josiane Pancioni les vend 2,50 euros pièce. Un euro de plus qu’en grande surface mais « excellents », « assez gros » et ce qui ne l’empêche pas d’être souvent en rupture de stock. Pourtant, elle a décidé de ne garder qu’un arbre parce que « ça prend beaucoup de place ». Un avocatier sauvage peut atteindre jusqu’à vingt mètres. Elle n’étendra donc pas sa production.

Une production possible grâce à un sol pentu

Ce n’est pas le cas de l’exploitation de Laurent Gannac à Menton. L’agriculteur a déjà quatre avocatiers depuis une vingtaine d’années et prévoit d’en planter une dizaine d’autres. « La culture locale n’a rien de nouveau, confie-t-il. À Menton, on a la chance d’avoir des sols assez pentus qui nous permettent d’éviter certains problèmes comme le développement de champignons, ça a été le cas pour les cultures en Corse [l’île produit dix tonnes d’avocats par an]. ».

Pour profiter de ses avocats, le Mentonnais a mis en place une boutique en ligne. « On ne récolte que si le fruit est vendu pour ensuite l’expédier et en vingt-quatre heures, il est chez le client. Il faudra ensuite attendre quelques jours avant de le consommer ». À 2,90 euros pièce, Laurent Gannac promet une expérience gustative vraiment différente des produits d’Amérique centrale avec un fruit très « crémeux et généreux grâce à un noyau assez petit », pour la variété « fuerte » par exemple.

Même si le climat est idéal dans les Alpes-Maritimes, les productions restent plutôt petites. Mais d’après la chambre d’agriculture du département, cette tendance risque de changer : « Ces derniers temps, beaucoup de porteurs de projets [de jeunes agriculteurs pas encore installés qui travaillent sur leur projet d’exploitation], nous confient vouloir débuter une production d’avocats. »