Coronavirus dans les Alpes-Maritimes : « Je passe des semaines à ne rien faire », des apprentis en hôtellerie-restauration inquiets pour leur avenir

CRISE SANITAIRE Sur la Côte d’Azur, des dizaines de formations sont proposées dont la Faculté des métiers école hôtelière à Cannes

Elise Martin

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Des apprentis du CFA de Cannes en plein exercice pratique (Illustration)
Des apprentis du CFA de Cannes en plein exercice pratique (Illustration) — L. Boukaya / Faculté des métiers - École hôtelière de Cannes
  • La Côte d’Azur a la deuxième capacité hôtelière en France.
  • Avec un secteur à l’arrêt, les formations s’adaptent pour créer des conditions quasi réelles à leurs élèves.
  • Pour certains apprentis en hôtellerie-restauration du CFA de Cannes, la pratique au lycée est la seule façon de continuer de travailler.

La Côte d’Azur, qui a la deuxième capacité hôtelière en France derrière la région parisienne, est riche de formations reconnues dans le domaine. Dans l’une d’elles, au centre de formation d’apprentis (CFA) de Cannes, 200 des 800 élèves sont dans la branche hôtellerie- restauration, un secteur actuellement à l’arrêt. Alors pour cet établissement qui enregistrait 87 % d’insertion professionnelle, l’heure est à l’adaptation.

« On a dû revoir nos ateliers pour que les jeunes puissent continuer de pratiquer parce que sans personne au restaurant d’application, c’était compliqué », indique Dominique Pons, le directeur de l’établissement. « Par exemple, les cuisiniers font des productions qu’ils mangent ensuite eux-mêmes. Pour le service en salle, les apprentis s’entraînent à la mise en place du service. Il y a aussi du dressage. On essaie de créer des conditions quasi réelles ».

« Rien ne vaut la pratique »

Le problème, c’est que dans ce genre de formations, les deux tiers du temps d’apprentissage se déroulent en entreprise. « Nos élèves sont privés d’une chose essentielle pour leur profession. On ressent une certaine impatience chez eux car rien ne vaut la pratique », indique le directeur. « D’un autre côté, on a de la chance. Les entreprises ont joué le jeu et ont gardé leur apprenti, même s’il ou elle devait être en chômage partiel. ».

C’est le cas de Marion, 19 ans, dans sa troisième année de formation. « Je n’ai que les cours au CFA parce que l’hôtel dans lequel je travaillais est fermé, dit-elle. Deux semaines sur trois, je suis confinée à la maison, sans rien faire ». La jeune femme appréhende le retour à la vie normale : « On perd les habitudes. Même si on s’entraîne un peu chez nous, on ne va pas avoir le rush du service ». Malgré certaines interrogations, elle voit « son futur dans la cuisine ». « Ça va se remettre en route. En espérant que les nouvelles formes de restauration ne vont pas prédominer sur le reste ».

Lucas, 17 ans, également en troisième année, confirme. « Le lycée s’est vite adapté mais c’est dans les entreprises que c’est compliqué. J’ai toujours voulu être cuisinier. Mais c’était pour le lien avec les gens. Là, on ne fait que de la vente à emporter et on perd un peu la motivation. J’avoue que j’ai un peu peur pour l’avenir ».

« Former pour insérer »

Des élèves inquiets tout comme leur directeur. Il développe : « Nous formons pour insérer professionnellement. En entrant en CAP, les jeunes restent parfois jusqu’à quatre ans en alternance en entreprise [en enchaînant avec un brevet professionnel]. Ce qui induit qu’habituellement, 87 % de nos apprentis sont insérés professionnellement à la fin de leur formation. On espère pouvoir l’assurer cette année même si on est dans une grande incertitude ».

Il y a ceux qui sont en fin de parcours mais il y a également ceux qui viennent de rentrer. « C’est tragique puisque ces jeunes entrent dans une formation où ils ne peuvent pas se tester », affirme le responsable de l’établissement. « Je reste optimiste parce que je pense qu’on se construit dans l’adversité et que ça va rebooster ceux qui veulent vraiment réussir. C’est pour cette raison qu’on fait tout notre possible au CFA pour les faire travailler et les soutenir au maximum ».

« Le point positif, conclut Dominique Pons, c’est que ça a permis de renforcer et pérenniser certaines pratiques comme la désinfection ou le nettoyage des ustensiles ! »