Procès du rapt de Jacqueline Veyrac : « Ma vie a changé, j’ai toujours de l’appréhension », raconte la victime

ENLEVEMENT Plus de quatre ans après son enlèvement, la riche hôtelière de la Côte d’Azur s’est confiée devant les assises ce vendredi

F.Bi. avec AFP

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Jacqueline Veyrac, à son arrivée au tribunal judiciaire de Nice le vendredi 8 janvier 2021
Jacqueline Veyrac, à son arrivée au tribunal judiciaire de Nice le vendredi 8 janvier 2021 — AFP
  • Quatre ans après son enlèvement à Nice, la femme d’affaires Jacqueline Veyrac est venue devant les assises de Nice raconter son calvaire de 48 heures.
  • La victime a raconté son rapt : « Je revenais de la pharmacie, j’avais fait des courses, il était midi, ça a été très rapide. Ils m’ont prise dans le Kangoo. Tout de suite, ils m’ont poussé et jetée, même un peu fort ».
  • Treize hommes sont jugés pour son kidnapping.

« Je ne sors presque plus le soir et j’évite les endroits trop déserts. Ma vie a changé. J’ai toujours de l’appréhension ». Plus de quatre ans après son enlèvement, Jacqueline Veyrac s’est confiée devant les assises ce vendredi. Face aux treize accusés jugés pendant un mois à Nice, cette riche hôtelière a raconté son calvaire du 24 octobre 2016.

« Je revenais de la pharmacie, j’avais fait des courses, il était midi, ça a été très rapide. Ils m’ont prise dans le Kangoo. Tout de suite, ils m’ont poussé et jetée, même un peu fort », a expliqué, d’une voix posée la très discrète propriétaire du Grand Hôtel de Cannes. Bâillonnée et ligotée, la vieille dame réussira au bout de deux jours à échapper à ses ravisseurs en appelant à l’aide dans la rue peu fréquentée où le véhicule avait été stationné, parvenant à faire des signes sans crier à travers une fenêtre.

« Ils ne [me] parlaient pas très bien »

Dans le box, l’ancien restaurateur italien Giuseppe Serena, accusé numéro 1 motivé selon l’accusation par l’appât du gain et la volonté de se venger après avoir perdu La Réserve, un restaurant que Jacqueline Veyrac lui avait confié en location-gérance, regarde ailleurs.

Il encourt la perpétuité tout comme Philip Dutton, un Britannique, le seul à reconnaître sa participation au rapt et à une première tentative d’enlèvement commise en 2013. Comme le Transalpin, lui aussi poursuivi pour les faits de 2013, les suspects d’avoir été des hommes de main du duo qui comparaissent avec eux nient toute implication.

Jacqueline Veyrac continue à décrire la scène de 2016. Les ravisseurs, masqués et gantés, lui prennent son sac, son téléphone et l’invectivent. « Ils ne [me] parlaient pas très bien : "Tais toi", "ta gueule ou je te bute" », raconte-t-elle toujours posément.

Elle obtient qu’on lui lie les mains devant et non dans le dos, mais pour sortir et aller aux toilettes, c’est « non ». Elle refuse de boire ou de s’alimenter. A plusieurs reprises, elle crie, tente d’alerter de promeneurs, se fait rabrouer, se détache, est rattachée. Elle dit entendre le son d’un clocher, le bruit des pommes de pin qui chutent sur le toit de la voiture.

« Le baron Empain, c’était pire, j’ai de la chance, j’ai une bonne aura », parvient-elle à relativiser, évoquant l’enlèvement en 1978 à Paris d’un chef d’entreprise séquestré plus de deux mois et à qui ses ravisseurs avaient notamment coupé une phalange. Son fils Gérard apparaît, lui, plus secoué. « Elle a été traitée comme un meuble », témoigne-t-il.

« Je suis désolé », lâche le principal accusé

Sa déposition touche à sa fin. Giuseppe Serena demande alors la parole, s’adressant directement à la victime. « J’ai pensé à vous durant ces quatre années de prison, en pensant que ma mère aurait pu être à votre place, je suis désolé. Je vous prie de me pardonner et toutes ces personnes qui pourraient vous avoir fait du mal. Je m’excuse et vous embrasse, merci tante Jacqueline, c’est comme ça que je vous appelais ».

Surprise dans la salle d’audience. L’avocate générale Annie Brunet-Fuster se lève et lui demande si c’est un aveu. « Le coupable n’est pas ici, rétorque l’Italien. J’ai trop parlé, ça a toujours été mon défaut, je ne reconnais pas ma culpabilité. » A nouveau, sans le nommer, c’est son vieil ami italien Enrico Fontanella, 67 ans, au courant de ses déboires à La Réserve, qu’il accuse de tout. Ce dernier est absent au procès. Son cas a été disjoint pour raisons de santé.