Nice : Eric Garence raconte « sa » Côte d’Azur d’affiche en affiche

TRAIT POR-TRAIT « 20 Minutes » s’intéresse aux dessinateurs, illustratrices ou bédéastes dont l’œuvre s’ancre dans un territoire. Pour la Côte d’Azur, c’est Eric Garence qui nous a raconté son lien avec la destination et la façon dont il s’y prend pour la dessiner

Fabien Binacchi

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Le Niçois présente ses affiches au centre commercial Cap3000
Le Niçois présente ses affiches au centre commercial Cap3000 — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Dans la série Por-Trait20 Minutes suit le trait de crayon de 11 dessinatrices, illustrateurs ou bédéastes dont l’œuvre met en avant une ville, un territoire.
  • Eric Garence, 40 ans, livre une ôde à la Côte d'Azur dans des affiches aux allures vintage.
  • En moins de cinq ans, il a déjà créé près de 300 de ces visuels très colorés.

Quand il veut raconter « sa Côte d’Azur », Eric Garence enclenche toujours le même processus : un panorama, quelques mots griffonnés sur un carnet, une série de photos et un premier croquis au crayon gris. « Si je me souviens bien, pour la corniche d’or à Théoule-sur-Mer par exemple [près de Cannes], j’avais retenu ‘route, auto, pierre rouge, pin parasol, myrte, calanques, écume et falaise’. ».

Autant d’éléments que le Niçois de 40 ans met ensuite en scène avec sa tablette graphique dans des affiches qui rendent hommage à la Riviera. Une ode à la dolce vita, de Bormes-les-Mimosas, jusqu’à Menton, avec une touche vintage inspirée des posters de tourisme art déco du début du siècle. En dessin, en numérique, il raconte le bleu azur bien sûr, mais aussi les façades ocre de Nice, les fleurs de Grasse… Il couche sur l’écran de son ordinateur « la Côte d’Azur [qu’il a] dans les yeux ».

« Une collection que nourrissait ma mère »

Pour le moins productif, ce quadragénaire solaire​ a déjà créé près de 300 de ces visuels aussi simples et minimalistes qu’ils sont colorés, en moins de cinq ans. La carrière artistique de cet ancien étudiant en droit, puis en commerce, n’était pourtant pas clairement tracée.

« Quand j’étais petit, mon attention a été attirée par la collection que nourrissait ma mère. Quand on voyageait, elle nous faisait toujours nous arrêter pour prendre en photo les affiches anciennes qu’on rencontrait sur notre chemin. Ça a sûrement éveillé ma curiosité, raconte-t-il. J’ai pris des cours d’art plastique. J’ai fait de la peinture, de la sculpture, mais je ne me destinais pas à en faire mon activité principale. »

Il travaille sur ordinateur avec une tablette graphique
Il travaille sur ordinateur avec une tablette graphique - Eric Garence

Après avoir travaillé comme chef de produit dans la téléphonie pour Texas Instruments, à Villeneuve-Loubet, l’enfant du Pays s’envole pour Paris. Dès 2008, dans la capitale, il crée la division « mobile » d’une agence de communication. « C’est là que j’ai vraiment commencé à m’intéresser à l’illustration et au design », confie-t-il encore.

Un coup de pouce du Slip français

Parallèlement, la nuit, il se met à créer pour lui. De la photo, et bientôt ses premières affiches. Des amis lui réclament des impressions de son travail et l’encouragent à continuer. Il met en scène les « slips français » de la maison tricolore dans un ciel parisien, comme des oiseaux en vol autour de la tour Eiffel. Le fabricant de sous-vêtements le remarque et partage son travail sur les réseaux sociaux.

« C’est là que des sociétés ont commencé à me passer des commandes », explique Eric Garence. Appréciées des particuliers en décoration, ses créations peuvent aussi servir le marketing. Au bout de son stylet, il tient peut-être un bon filon. De retour pour raisons personnelles à Cagnes-sur-Mer, près de Nice, en 2016, il lance sa propre entreprise.

Et c’est la marque Côte d’Azur France qui va vraiment accompagner son essor en 2017. Son travail s’affiche sur plusieurs produits aux couleurs de la destination. Cinq de ses dessins sont notamment utilisés par le parfumeur grassois Fragonard.

Il travaille aussi sur « des visions chimériques de la Côte d’Azur »

Aujourd’hui, après des milliers d’affiches et de produits dérivés vendus (sur son propre site Internet bonjourlaffiche.com et au magasin Capsule de Cap3000 notamment), il sort un livre (La Côte d’Azur d’Eric Garence, ed. Giletta) et participe à des expositions.

Il développe aussi son « art contemporain », inspiré par les nouveaux réalistes de l’Ecole de Nice. Arman, Raymond Hains et Yves Klein en tête. « Je déchire mes affiches et je les recolle pour former des visions chimériques de la Côte d’Azur », détaille celui qui est donc aussi plasticien. Un de ses collages, en version XXL de 11 m de long, a été commandé par Cap3000 et sera inauguré début 2021. Il a recouvert l’enseigne du centre commercial de ses affiches et de celles utilisées par le « mall » au fil des décennies.

Parallèlement, Eric Garence va continuer à croquer les panoramas. « Je n’ai tout dessiné de la Côte d’Azur. C’est le but. Mais j’en suis encore loin. En 2021, je continuerai. Même au-delà, dans d’autres villes, un peu partout en France », annonce-t-il.