Attentat à Nice : « Il faut donner plus de pouvoirs à la police municipale », plaide l’adjoint à la sécurité Anthony Borré

INTERVIEW Le premier adjoint au maire de Nice fait le point avec « 20 Minutes » une semaine après l’attaque qui a fait trois morts dans la basilique Notre-Dame de L’Assomption

Propos recueillis par Fabien Binacchi
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Christian Estrosi et Anthony Borré (à d.) juste après l’attentat, le 29 octobre
Christian Estrosi et Anthony Borré (à d.) juste après l’attentat, le 29 octobre — Ville de Nice
  • Le 29 octobre, un Tunisien de 21 ans a tué trois personnes dans une basilique de Nice.
  • C’est le troisième attentat terroriste perpétré à Nice en cinq ans.
  • Selon le premier adjoint au maire de Nice qui réclame « plus de pouvoirs pour la police municipale », « il n’y a pas d’autres possibilités que d’aller vers une société de vigilance ».

Le 29 octobre, un Tunisien de 21 ans, arrivé à Nice deux jours plus tôt, faisait irruption dans la basilique Notre-Dame. Tuant trois personnes. Après cette troisième attaque terroriste en l’espace de cinq ans dans la capitale azuréenne, Anthony Borré, le premier adjoint au maire Christian Estrosi, en charge de la sécurité, demande plus de pouvoirs pour faire face à la menace.

Après l’agression de militaires en 2015, l’attentat de la promenade des Anglais en 2016, Nice a été à nouveau prise pour cible. Pourquoi selon vous ?

Il y a un contexte national et international. La fête du 14-juillet, une basilique… Ce sont des symboles qui sont visés, notre modèle de civilisation. Je ne crois pas que ce soit la ville. Mais en tout cas, les choses ont évolué. En 2015-2016, il y avait une préparation minutieuse de ce genre d’attaques. Aujourd’hui, le terrorisme est plus artisanal. Et il peut être malheureusement partout. Il est infiltré. Il n’y a pas d’autres possibilités que d’aller vers une société de vigilance. Que de signaler tous les phénomènes de radicalisation.

Vous demandez à nouveau la possibilité d’utiliser la reconnaissance faciale, mais dans ce cas présent l’assaillant présumé n’était pas fiché S…

La reconnaissance facile a de multiples usages. Son intérêt peut se confirmer aussi a posteriori. Pour accélérer les enquêtes. Est-ce normal de voir des enquêteurs mobilisés dans notre Centre de supervision urbain [où sont connectées les caméras de la ville] pour regarder des milliers d’heures d’images à la recherche du terroriste alors que ces opérations prendraient beaucoup moins de temps si nous pouvions intégrer ses photos dans un logiciel ? Pour l’attentat du 14 juillet, le terroriste n’était pas non plus fiché pour radicalisation. Il avait en revanche déjà été interpellé par la police municipale et condamné pour des violences notamment. On devrait aussi pouvoir utiliser la reconnaissance pour que ce genre de profils ne puissent pas accéder aux espaces festifs, qui concentrent du monde, comme le Carnaval par exemple.

La Cnil ne vous permet pas pour le moment d’aller plus loin. Vous pensez que les choses avancent dans votre sens ?

J’ai au moins l’impression que le débat public progresse. A nous de continuer à rappeler l’utilité du système, encore et encore. Le maire a à nouveau saisi le premier ministre à ce sujet. Il y a dix ans, certains raillaient la politique de Christian Estrosi en matière de caméras de vidéoprotection. Aujourd’hui, qui pourrait les remettre en cause ? Je suis persuadé que l’on finira par nous donner raison sur la reconnaissance faciale.

Quelles décisions ont été prises après cette nouvelle attaque ?

Les seize bornes d’appel, installées l’an dernier sur l’espace public et connectées à la police municipale, vont se multiplier. Elles ont montré leur intérêt avec déjà 400 déclenchements et des interpellations. Celle de Jean-Médecin a été activée pendant l’attaque dans la basilique et a permis à la police municipale d’intervenir rapidement. Nous allons donc en installer 170 de plus notamment devant les écoles, les collèges et les lycées. Il y en aura 40 supplémentaires dès ce mois-ci et encore 40 autres en décembre.

Vous allez également renforcer votre police municipale ?

Oui, Christian Estrosi souhaite que la ville recrute 80 agents de plus [il y en a 550 actuellement]. Nos agents ont montré qu’ils accomplissaient chaque jour des choses exceptionnelles. Ce sont eux qui sont intervenus les premiers sur l’attentat et eux aussi qui ont neutralisé le terroriste. Il y a un an demi, nous avons obtenu qu’ils puissent porter des pistolets semi-automatiques, comme la police nationale. Si cela n’avait pas été le cas, que ce serait-il passer face à l’assaillant ? L’expérience nous montre qu’il faut donner plus de pouvoirs à la police municipale. Il faudrait avoir accès aux fichiers, pouvoir procéder à des contrôles d’identité, à des fouilles de coffres. Et aussi permettre au directeur de la police municipale de mener un certain nombre d’enquêtes. Ça faciliterait le travail de tout le monde. Dans un rapport qui vient d'être publié, la cour des comptes cite notre police en exemple. Et, généralement, la police municipale est reconnue comme troisième force de sécurité de notre Nation. La cour évoque « l’effet substitution » qu’assument les polices municipales, notamment au sein des plus grandes villes, face au désengagement de l’État tant en termes d’effectifs que de périmètre d’intervention. Il faut que le reste suive.

Quel est le dispositif justement autour des écoles ?

J’ai demandé que leur surveillance soit la mission numéro 1 de la police municipale. Nous montrons une présence très forte et régulière près de presque tous les groupes scolaires. Je rappelle que des boutons d’alerte sont installés à l’intérieur de chaque école.