Tempête Alex : Sépultures emportées et mausolées éventrés, dans les cimetières « il n’y a rien à reconstruire »

REPORTAGE A Saint-Dalmas de Tende, le torrent de Bieugne a raviné le vieux cimetière et détruit de nombreuses tombes

Michel Bernouin (avec Fabien Binacchi)
— 
Des sépultures ont été éventrées et des cercueils ont été emportés par le torrent de la Bieugne
Des sépultures ont été éventrées et des cercueils ont été emportés par le torrent de la Bieugne — M. Bernouin / ANP / 20 Minutes
  • Dans la vallée de la Roya, sinistrée par les inondations, le cimetière de Saint-Dalmas de Tende, a été ravagé par les flots.
  • Des sépultures ont été emportées et pourraient avoir été retrouvées à des kilomètres de là, sur la côte italienne.

Dans la vallée de la Roya,

A Saint-Dalmas-de-Tende (Alpes-Maritimes), même les morts ont été victimes des intempéries. Dans ce petit village encaissé de la vallée de la Roya, les inondations exceptionnelles du week-end ont emporté une grande partie du vieux cimetière… et ses cercueils. Des mausolées sont éventrés. Les restes de plusieurs défunts sont partis avec les flots devenus impétueux du torrent de Bieugne. Ils pourraient avoir été transportés par les eaux jusque sur les côtes italiennes, à Vintimille.

Sur place, les habitants isolés de ce village coupé du monde n’en reviennent toujours pas. Postée devant la grille en fer forgé restée debout à l’entrée du cimetière, Marie Guido est sous le choc. « Vous vous rendez compte ? Je ne croyais pas pouvoir voir ça un jour dans ma vie… Ils n’avaient rien demandé », souffle cette habitante de 84 ans.

« C’est fait pour se recueillir, mais là, il n’y a plus rien »

Des plaques de marbre et des tombes sont éparpillées en contrebas, dans le lit du torrent. Selon le maire du village, 150 sépultures auraient été emportées. « Les trois quarts du cimetière ont disparu », a précisé Jean-Pierre Vassallo. « Les corps sont partis sur 20 km et ont terminé un peu partout, parfois dans des jardins, dit-il Ce sont les habitants qui nous préviennent, pour que les marins-pompiers de Marseille sur place viennent les récupérer ».

« Je crois que c’est le caveau de ma famille, avec un cercueil, qu’on voit, là, dans le vide. Il n’y a plus que ce morceau-là. Avant, il y avait une chapelle ici, il y avait des tiroirs. Et là, il n’y a plus rien. Une sépulture, c’est fait pour se recueillir. Mais là, il n’y a plus rien, répète Chantal Bocchin. On ne va pas reconstruire, il n’y a rien à reconstruire. »

Un caveau tombé dans le lit du torrent découvre un cercueil
Un caveau tombé dans le lit du torrent découvre un cercueil - M. Bernouin / ANP / 20 Minutes

Situé en contrebas du stade du village, dont l’un des coins a également été emporté par la crue du torrent de Bieugne, le vieux cimetière jouxte un plus récent qui n’a pas été touché. Toujours accessible par une petite route bordée d’arbres, le lieu dévasté attire les gens du village, mais certains n’osent pas s’avancer.

« Il reste un dixième du cimetière ! Mes parents, ils doivent être à Vintimille maintenant », souffle un homme qui tourne les talons, tentant de dissimuler son émotion, sans doute pour s’épargner un nouveau traumatisme.

« Des visions de l’horreur »

« Ces personnes, déjà en détresse psychologique avec le choc des inondations, ont pu avoir des visions de l’horreur » en découvrant ce qu’il était advenu de la sépulture de leurs aïeux, relevait sur place le docteur Samia Lahya, médecin référent de la cellule médico-psychologique du Vaucluse, spécialement dépêchée sur place.

D’autant plus que certains restes emportés par le torrent de Bieugne pourraient avoir été retrouvés à des kilomètres de là, dans l’embouchure du fleuve Roya, à Vintimille, en Italie. Au moins quatre corps, retrouvés sur les côtes italiennes en état de « grande décomposition », « doivent très probablement correspondre » aux cercueils emportés lors de ces inondations, a déclaré le préfet des Alpes-Maritimes.