Nice : L'emploi de deux élus dans une structure publique mis en cause par la chambre régionale des comptes

FINANCES La réalité d’un travail effectif à temps plein de Pierre-Paul Leonelli et de Lauriano Azinheirinha au sein du Centre de gestion de la fonction publique territoriale apparaît « plus que douteuse »

Fabien Binacchi

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Pierre-Paul Leonelli, le 10 septembre 2020 à Nice
Pierre-Paul Leonelli, le 10 septembre 2020 à Nice — SYSPEO/SIPA
  • Dans son rapport sur le Centre de gestion de la fonction publique territoriale des Alpes-Maritimes, la chambre régionale des comptes estime que la réalité du travail effectif de deux élus niçois rémunérés au sein de cet organisme apparaît « plus que douteuse ».
  • Pierre-Paul Leonelli et Lauriano Azinheirinha se défendent de tout « emploi fictif ».

Pierre-Paul Leonelli et Lauriano Azinheirinha, deux élus niçois, auraient été embauchés et rémunérés par une structure publique départementale sans que la réalité de leur travail ne soit attestée. Ce sont en tout cas les conclusions de la chambre régionale des comptes (CRC) diffusées dans un rapport détaillé sur l’activité du Centre de gestion de la fonction publique territoriale des Alpes-Maritimes (CDG 06).

Des observations que l’ancien président d'Anticor Jean-Christophe Picard a transmis ce mercredi dans un signalement au procureur de la République de Nice, a annoncé l’élu, aujourd’hui conseiller municipal et métropolitain de Nice (EELV). Pierre-Paul Leonelli et Lauriano Azinheirinha se défendent, eux, de tout « emploi fictif ».

« Concilier opportunément emploi territorial salarié et mandat électif »

La CRC a examiné la gestion du CDG 06 de 2015 à 2019 et conclut pourtant que la réalité d’un travail effectif à temps plein de ces deux élus, embauchés avant que le maire LR de Nice Christian Estrosi ne prenne sa présidence, apparaît « plus que douteuse ».

Pour Pierre-Paul Leonelli, adjoint au maire de Nice à la propreté, la chambre estime qu’il « apparaît être rémunéré par le CDG 06 pour l’exercice d’activités extérieures insusceptibles de se rattacher à l’intérêt de l’établissement public ». Et que son recrutement avait « pour seul but de permettre à l’intéressé de continuer à concilier opportunément emploi territorial salarié et mandat électif métropolitain ».

D’abord conseiller du président de l’époque, le sénateur José Balarello décédé en 2015, ce proche de Christian Estrosi a ensuite rapidement occupé un poste de directeur de cabinet, créé pour lui en 2015 et assorti d’une hausse de sa rémunération mensuelle de 57 %, soit 6.520 euros. Son contrat avec le CDG 06 doit cesser fin octobre, a annoncé l’organisme ce mercredi.

« Je n’ai jamais eu d’emplois fictifs, se défend Pierre-Paul Leonelli dans une réponse adressée à 20 Minutes. Il est de notoriété publique que j’exerce des missions réelles et effectives pour le compte […] du CDG 06 depuis 2014. » Il évoque notamment « la conception et la coordination de tous les supports écrits de communication ».

Son « activité n’a laissé que peu de traces »

Concernant le conseiller départemental Lauriano Azinheirinha, ex-adjoint à l’éducation du maire de Nice, devenu son directeur général des services (DGS) en 2017, la chambre avance que ses conditions de recrutement ont été, selon la chambre, « entachées d’irrégularité ». « L’activité du chargé de mission », en poste de juin 2015 à octobre 2016, « n’a, en tout état de cause, laissé que peu de traces », note la CRC.

« Cette mission a été conduite dans le strict respect des dispositions contractuelles, répond Lauriano Azinheirinha à 20 Minutes. Les nombreuses réunions, rendez-vous avec les partenaires, visites sur le terrain, études menées démontrent la réalité du travail effectué. » Et, selon lui, « les rapports d’activité réalisés après cette mission confirment qu’elle a été parfaitement remplie ».

Le CDG 06 fait valoir de son côté que « ces situations sont strictement contrôlées par le juge administratif et invalidées en cas d’irrégularité » et rappelle que « cela n’a pas été le cas ». L’organisme pointe le fait que « la CRC n’a émis aucune recommandation » sur ces « recrutements qui poseraient question », les « niveaux de rémunération mentionnés » étant, selon lui, « parfaitement conforme à la législation ».

Saisi par Jean-Christophe Picard sur les conclusions de la cour régionale des comptes, le procureur de la République n’avait pas encore donné suite ce mercredi après-midi.