Nice : Entre vélos, bus et autos, le boulevard Gambetta se cherche une nouvelle voie

PISTE CYCLABLE Depuis quatre mois qu’il est réservé aux vélos (et aux bus), le bas du boulevard déchaîne les passions

Michel Bernouin

— 

Vendredi matin à 8h30 sur le boulevard Gambetta.
Vendredi matin à 8h30 sur le boulevard Gambetta. — M. Bernouin / ANP / 20 Minutes
  • La piste cyclable du bas du boulevard Gambetta fait toujours polémique.
  • Le comité de quartier réclame sa suspension, les pro vélo organisent une manifestation.
  • Sur place, le nouvel aménagement a métamorphosé le boulevard.

Un ruban d’un kilomètre de bitume jaune cristallise les tensions sur la place du vélo à Nice. Le bas du boulevard Gambetta, axe nord sud structurant le centre-ville, est interdit aux voitures (et à tous les véhicules motorisés individuels) depuis le déconfinement du 11 mai. Paradis pour les cyclistes, enfer pour les commerçants et casse-tête pour les automobilistes ?

Le comité de quartier du Parc impérial-Gambetta réclame « le rétablissement de la circulation pour les véhicules » car « il y va de la survie des commerçants ». Les associations de promotion de la petite reine, comme Nice à Vélo, militent « pour le maintien d’une piste cyclable boulevard Gambetta » avec une pétition qui a déjà recueilli plus de 2.300 signatures, et appellent à un rassemblement, samedi midi place Franklin.

Des vélos… et des scooters

Entre les deux, la mairie lance une concertation et prépare un projet de bus électrique « à haut niveau de service » avec une capacité de 30.000 voyageurs par jour. En attendant de nouveaux aménagements, un constat s’impose : en pleine heure de pointe du matin, l’axe est devenu incroyablement paisible.

Il est 8h30 et on est loin de l’embouteillage habituel des rues passantes de la ville de Nice. Ici, la circulation est fluide, sur les voies réservées aux bus comme sur la fameuse piste cyclable bidirectionnelle tout de jaune peinturlurée. On y croise vélos, trottinettes électriques, « cargo » à pédales, mono roue… Tout ce qui roule en silence. Autour de 3.000 personnes l’emprunteraient chaque. Guère plus que de scooters…

« La police ne m’a jamais contrôlé »

Pour les « motorisés », Gambetta reste un raccourci. « Je passe là tous les jours et la police ne m’a jamais contrôlé » assure un jeune homme en scooter, persuadé d’ailleurs d’être dans son droit : « c’est fini, c’était juste après le confinement l’interdiction de circuler là, maintenant on peut ». La suppression de la piste sur la partie du boulevard au nord de la voie ferrée semble avoir semé une confusion chez certains, que la présence du marquage « BUS » au sol et les panneaux « sens interdit » à chaque intersection ne suffisent pas à dissiper.

Dans les voies de bus, il y a aussi des automobilistes qui s’égarent. Parfois réellement perdus ; souvent conscients qu’ils n’ont rien à faire là. Certains s’en moquent, d’autres ont une bonne excuse : « J’habite sur Gambetta, juste au dessus, je dépose ma fille à l’école », explique une jeune maman à l’angle de la rue Dante. Les seuls absents, finalement, ce sont les policiers. Omniprésents lors du réaménagement du boulevard, ils sont aujourd’hui invisibles.

Mais malgré les « motorisés » qui n’ont rien à faire là, et les vélos qui s’affranchissent des feux rouges, Gambetta version « cyclable » fait figure de havre de paix. Il suffit de passer la voie Mathis pour s’en rendre compte. Rejoindre la partie nord du boulevard, ouverte à la circulation motorisée, c’est basculer dans le bruit, les odeurs d’échappements et le stress. Un autre monde, ou bien une autre époque.