Réouverture des théâtres : « On sera peut-être revenu au niveau en 2022 », confie le directeur d’Anthéa à Antibes

CULTURE Si les salles peuvent rouvrir, le secteur est confronté à une crise inédite qui fait craindre une lente reprise de l’activité

Olfa Ayed

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Le Théâtre Anthéa d'Antibes, deuxième théâtre de France en terme de fréquentation
Le Théâtre Anthéa d'Antibes, deuxième théâtre de France en terme de fréquentation — Milène Servelle
  • Dès le 15 juin, les théâtres ont eu l’autorisation de rouvrir leurs portes.
  • Mais les annulations de festivals et de spectacles et les nombreux remboursements de billets font craindre une reprise lente de l’activité.

« Au moment du confinement, j’ai annulé 88 représentations, remboursé 60.000 places, ce qui fait un total de 1,2 million d’euros de remboursement », énonce Daniel Benoin, directeur du théâtre Anthéa à Antibes. Rouvert lundi pour la présentation de la saison 2020-2021, l’établissement, deuxième plus grand théâtre de France en termes de fréquentation, après la Comédie Française, subit aussi la crise du secteur de plein fouet.

Annulations de représentations, remboursement de spectateurs et entretien du théâtre : beaucoup de dépenses et aucune recette pour ces structures. « Un théâtre à vide est très cher. Les charges, elles, n’ont pas bougé et le décalage du crédit ce n’est pas une fin de crédit », témoigne Thierry Surace, directeur artistique de la compagnie Miranda et président de l’association du théâtre de la Cité de Nice. « La compagnie a perdu entre 50 et 70 contrats durant cette période. Et on a perdu le festival d’Avignon avec une pièce qui avait connu un succès agréable l’année dernière », déplore-t-il.

« S’il y a une place sur deux je suis mort »

Une situation critique puisque la fermeture a été décrétée dès le début du confinement et pour certains théâtres, comme celui de la Cité, la programmation ne débutera pas avant le mois de septembre. « On aura six mois sans aucun revenu donc on va avoir des dettes », souligne Thierry Surace.

Aux pertes financières s’ajoute la crainte d’une reprise en demi-teinte puisque l’accueil du public est limité. « Nous, pour le moment, les textes de loi préconisent une personne tous les 4 m2 donc une personne sur quatre. Ce qui fait une salle de 45 personnes », explique le responsable.

Même son de cloche du côté d’Anthéa. Son directeur a même décidé de repousser la date de reprise des spectacles à novembre pour éviter cette limite : « En commençant le 3 novembre, je fais le pari qu’il n’y a pas de distanciation physique. Je calcule en ayant des salles pleines. C’est capital pour nous. S’il y a une place sur deux, je suis mort ».

Optimisme et lucidité des professionnels

« Je pense que forcément cette crise va freiner l’activité du théâtre et qu’il y aura moins de monde. Nous ne serons peut-être revenus au niveau initial qu’en 2022 », annonce Daniel Benoin.

« Pour le moment on ne voit même pas à moyen terme », déclare, de son côté, Thierry Surace. « Le problème financier est lourd. On est proche de la faillite… On y arrivera mais c’est un travail humain colossal », conclu, avec émotion, ce président bénévole au Théâtre de la Cité.