Nice : « Ça fait dix-sept ans que j’habite ici et dix-sept ans que le trafic est là »… Dans le quartier des Liserons, les habitants se sentent abandonnés

REPORTAGE Après les violences de la semaine dernière, les habitants de cette zone sensible de la capitale azuréenne craignent pour leur sécurité

Olfa Ayed

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Le quartier des Liserons à l'Est de Nice, a été le théâtre de violences début juin.
Le quartier des Liserons à l'Est de Nice, a été le théâtre de violences début juin. — O. Ayed
  • À Nice, des violences ont éclaté dans le quartier des Liserons. Dimanche 14 juin, vers 23h, des coups de feu ont été tirés et trois personnes ont été blessées. Quatre individus sont actuellement en garde à vue dans cette affaire.
  • Le 11 juin déjà, des tirs avaient été entendus et un jeune homme de 19 ans avait été blessé à l’arme blanche. Deux personnes ont été mises en examen, notamment pour violences aggravées.
  • Dans ce contexte de violences sur fond de trafics de drogues, les habitants sont inquiets et se sentent abandonnés.

« Mon enfant de 13 ans a peur ici. Il ne sort pas. Le problème, c’est la drogue. Mais même ça, il ne faut pas le régler avec les armes », s’exclame une habitante du quartier des Liserons, à Nice. Le 11 juin, après une dispute au sein du quartier, des coups de feu ont éclaté et un homme a été blessé. Suite à cette rixe, dimanche vers 23h, d' autres coups de feu ont retenti. Trois hommes ont à nouveau été conduits à l’hôpital. Une enquête judiciaire est en cours et quatre personnes étaient toujours en garde à vue ce mardi.

Pour accéder à ce quartier situé dans l’est de Nice, il suffit de suivre une rue, perpendiculaire à la grande route de Turin. Quelques mètres plus haut, à gauche, se trouve l’impasse des Liserons. À l’entrée des immeubles, sur les murs, est listé le prix des drogues. Sur une autre façade, un peu plus bas, à la vue de tous, la liste des plaques d’immatriculation à surveiller.

Sur ce mur, en bas d'un immeuble de l'impasse des Liserons, la liste des prix de la drogue.
Sur ce mur, en bas d'un immeuble de l'impasse des Liserons, la liste des prix de la drogue. - O. Ayed
Dans le quartier des Liserons, à la vue de tout le monde, sont écrit sur ce mur, les plaques d'immatriculation de voitures à surveiller.
Dans le quartier des Liserons, à la vue de tout le monde, sont écrit sur ce mur, les plaques d'immatriculation de voitures à surveiller. - O. Ayed

« On est dans Nice pourtant ! », lance un habitant des Liserons. « Ça fait dix-sept ans que j’habite ici et dix-sept ans que le trafic est là », déclare un autre, excédé par la situation. Certains n’osent même plus circuler à pied dans cette zone pourtant située à l’entrée du quartier, et prennent constamment la voiture.

« On est livré à nous-même »

« Je veux que la police reste là tout le temps. On est laissé à l’abandon », regrette une habitante, alors qu’à 13h ce mardi, aucun policier n’est aperçu aux alentours. Même son de cloche du côté de Kira, qui vit dans le quartier depuis plus de dix ans, avec ses enfants et son époux. « Aujourd’hui, ça a explosé, c’est parti d’une dispute. Mais on est livré à nous-même, on veut de la sécurité », s’exclame-t-elle, alors qu’un hélicoptère gronde au-dessus du quartier depuis quelques minutes.

La police municipale mobilisée au quartier des Liserons après les violences du 14 juin.
La police municipale mobilisée au quartier des Liserons après les violences du 14 juin. - O. Ayed

C’est aux alentours de 14h30 que des agents de la police municipale interviennent finalement et procèdent à des fouilles dans les coffres des voitures circulant en direction du quartier.

Lundi, le maire, Christian Estrosi, avait annoncé que des CRS seraient présents en permanence aux Liserons. De son côté, la préfecture avait déclaré un renforcement de la sécurité, avec la présence de gendarmes et des membres de la Police Nationale.

« Le vrai problème, c’est la pauvreté »

« Le problème n’est pas communautaire, le problème est celui d’habitants contre dealeurs », insiste Shamil, jeune homme d’origine tchétchène. Ce dernier, avec certains de ses proches, a décidé de prendre la parole, dans un autre quartier, à Saint-Charles, lieu qui a connu récemment des tensions. Ils se présentent comme des Franco-Tchétchènes de Nice et porte-paroles des quartiers touchés par les violences. Ils souhaitent dissocier les événements de Nice de ceux de Dijon. « C’est un pur hasard », déclare Shamil.

« On est tous solidaires ici, on joue ensemble. Le vrai problème, c’est la pauvreté », renchérit un jeune Franco-Marocain de 24 ans, de passage à Saint-Charles, quartier où vit sa maman. « Mon fils, on lui a déjà demandé de travailler comme guetteur. Il a refusé, mais on a peur que les enfants aillent vers l’argent facile », s’inquiète un autre habitant des Liserons, qui nous informe que des jeunes font le guet pour 100 euros la journée.