Coronavirus à Cannes : « On se sent vraiment utiles », des couturières laissent tomber les robes du festival pour coudre des masques

INITIATIVE La mairie a mobilisé une quarantaine de professionnels pour fournir la population de la ville en masques alternatifs

Fabien Binacchi

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Aline Buffet dans son atelier de fabrication
Aline Buffet dans son atelier de fabrication — LIONEL URMAN/SIPA
  • La mairie de Cannes a lancé le réseau MMERCI, sa Manufacture de masques en réseau cannoise individuels.
  • Des couturiers se sont portés volontaires pour confectionner plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires pour les Cannois.
  • La créatrice Aline Buffet est sur le pont et pense également à développer après la fin du confinement une gamme de masques « couture ».

Dans son atelier, les soies colorées et les étoffes de luxe qui rappelaient les montées des marches ont laissé la place à des tissus unis et à une ambiance beaucoup plus… médicale. Depuis quelques jours, Aline Buffet a transformé son antre en « usine de masques made in France ». La «reine cannoise des ciseaux», comme l'avait surnommé 20 Minutes en 2014 accueille trois autres créatrices de la cité des festivals et quinze volontaires de la mairie. Tous participent à la Manufacture de masques en réseau cannoise individuels (MMERCI), lancée par la ville pour fournir les habitants dès lundi et avant la sortie annoncée du confinement, le 11 mai.

« Le Festival de Cannes n’aura pas lieu. Pour nous, qui travaillons beaucoup d’habitude pour cet événement, c’est un vrai coup dur économique. Mais on est passé outre ça. Il y a des gens qui meurent à cause du nouveau coronavirus. Et en faisant partie de cet élan lancé par le maire David Lisnard, on se sent vraiment utiles », explique Aline Buffet, maître artisan à la tête d’une école de mode sur la Croisette.

Du tissu en rouleau de plusieurs centaines de mètres

Avec Patricia Ficara Hnizdo, Jennyfer Chayly et Karen Albertelli, trois de ses anciennes étudiantes, aujourd’hui couturières de métier, elle assemble des masques alternatifs à la chaîne. « Les volontaires de la mairie découpent les pièces de tissu que l’on reçoit tous les jours en rouleau de plusieurs centaines de mètres et, nous, on les coud », détaille la créatrice à la tête de la Maison Aline Buffet.

Depuis un peu plus d’une semaine, environ 6.000 exemplaires sont déjà sortis de l’atelier dont 3.000 rien que sur la dernière journée. « On a atteint un rythme de croisière », dit-elle.

Entre lundi et mercredi, 78.000 de ces masques alternatifs, confectionnés par une quarantaine de personnes au total seront livrés dans chaque foyer cannois « de façon sécurisée par La Poste », indique la municipalité. Avec ce premier exemplaire, « les foyers confinés à plusieurs dans le même logement pourront venir retirer, à partir du 23 avril, le nombre de masques supplémentaires nécessaires avec les justificatifs adéquats », précise encore la collectivité. Elle est en train d’organiser des points de collecte, en accès piéton ou en drive, dans plusieurs quartiers de la ville.

Chaque kit comprendra également une « notice » expliquant comment entretenir le masque et notamment le laver à 60° au bout d’un certain nombre d’heures d’utilisation.

Une couche de viscose ou de polaire entre deux pièces de coton

Après avoir équipé ses propres agents et également les responsables des commerces ouverts et leurs salariés, la ville a déjà procédé à une première distribution à la population toute cette semaine, auprès des personnes handicapées et âgées, fragiles et isolées suivies par le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS).

« Nos masques respectent la norme Afnor s76-001. Ils sont confectionnés avec une couche de viscose ou de polaire entre deux pièces de coton, précise Yann-Vari Lecuyer, directeur général adjoint des services de la ville de Cannes. Les couturiers qui se sont portés volontaires l’ont été bénévolement. Mais nous sommes en train d’étudier les modalités qui nous permettraient de soutenir leurs entreprises respectives. »

Aline Buffet veut aussi lancer une ligne de masques « couture »

La mairie fournit les matières premières (à raison d’environ 2 euros par masques) et certains agents municipaux se sont portés volontaires pour aider les couturiers.

Aline Buffet, elle, pense aussi à l’après. « Je réfléchis à lancer une gamme de masques plus esthétiques, qui pourraient s’adapter aux tenues et également qui soient confectionnés sur-mesure, explique-t-elle à 20 Minutes. Je crois que cette crise va changer nos habitudes et que nous devrons les porter sur du plus long terme. » Mais, en attendant la sortie du confinement, c’est sur le réseau MMERCI qu’elle se concentre.