Coronavirus à Cannes : Coupés des touristes, les moines de l’île Saint-Honorat redécouvrent un « silence merveilleux »

CONFINEMENT Les religieux de l'Abbaye de Lérins, qui vivent essentiellement de leurs vignobles, sont aussi confrontés aux conséquences économiques de la crise

Fabien Binacchi

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L'église abbatiale de l'Île St-Honorat
L'église abbatiale de l'Île St-Honorat — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • D’habitude très fréquentée par les touristes, l’île Saint-Honorat, au large de Cannes, est désertée pendant le confinement.
  • Sur place, les 20 moines de l’Abbaye de Lérins redécouvrent une nature qui « se repose et revit ».
  • Mais les religieux s’inquiètent aussi des conséquences économiques de la crise sanitaire sur leurs stocks de vin.

D’ordinaire, avec les messes et l’exploitation de leurs vignes, la vie des moines de Lérins est aussi rythmée par l’afflux de nombreux touristes en quête de spiritualité et de patrimoine. Mais, confinement oblige, sur les quarante hectares de l’île Saint-Honorat, à une quinzaine de minutes au large de Cannes, les fours à boulets classés monuments historiques, les cinq chapelles et surtout le monastère fortifié et l’Abbaye-Notre Dame de Lérins du XIe siècle ont été désertés. Du jamais vu en cette période de Pâques.

Depuis le début du mois de mars et la montée en puissance de l’épidémie de coronavirus, la desserte maritime est « interrompue », rappelle le site Internet de l’abbaye.

« Le confinement signifie pour nous que nous sommes isolés sur notre île avec pour tout contact extérieur les quelques employés qui continuent à venir travailler : un cuisinier, des employés de maintenance et ceux du vignoble et de la cave », explique le père Abbé Vladimir Gaudrat dans un mail envoyé pendant le week-end pour donner des nouvelles. La communauté cistercienne de Lérins « se porte bien » et « porte dans [ses] prières » ceux qui sont « touchés par cette épidémie », dit-il.

« La nature se repose et revit »

La situation permet au moins aux 20 moines de Saint-Honorat de redécouvrir leur cadre de vie. « Nous profitons pleinement de notre île et d’un silence environnant qui est merveilleux », commente le prélat. « La nature se repose et revit. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu le chant d’autant d’oiseaux divers », explique-t-il aussi.

Les célébrations de Pâques, qui amènent d’habitude sur l’île de nombreux croyants, seront restées, cette année, virtuelles. Une poignée de vidéos de moines, face caméra, livre une série de « méditations » pour les jeudi, vendredi et samedi saints. Dans une des publications YouTube intitulée « Habiter avec soi-même sous le regard de Dieu », Frère Marie évoque aussi le confinement qui est « un peu un cloître forcé ».

« Tous nos clients sont fermés »

Parallèlement, les conséquences économiques de la crise sanitaire se ressentent aussi du côté de l’abbaye, qui vit essentiellement de ses vins. « Le plus dur avec le coronavirus, c’est la vente », appuie le père-abbé du monastère, soucieux. « Tous nos clients professionnels, les caves, les restaurants, sont fermés, à commencer par nos propres commerces, la boutique et le restaurant La Tonnelle », dit-il.

Mais les moines vont continuer le travail dans leurs vignobles où « l’ébourgeonnage se poursuit » et où « les premiers traitements, toujours bio, démarrent avec le printemps ». « Si on ne veut pas sombrer, il faudra bien assurer une bonne récolte », souffle le religieux. « En cave, nous attendons de pouvoir embouteiller », explique-t-il aussi. « Première conséquence de la crise sanitaire », les moines n’ont pas été livrés en bouteilles.