Coronavirus : « Sans confinement, le nombre de malades doublerait à peu près tous les trois jours »

LA PANDÉMIE EN CHIFFRES Étude prédictive à l’appui, le mathématicien niçois Bruno Marcos explique pourquoi rester chez soi est essentiel pour ne pas surcharger les hôpitaux

Propos recueillis par Jonathan Hauvel

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Bruno Marcos, chercheur à l'université Côté d'Azur : "L'épidémie a 46 jours d'avance sur nous en Chine et 9 jours d'avance en Italie."
Bruno Marcos, chercheur à l'université Côté d'Azur : "L'épidémie a 46 jours d'avance sur nous en Chine et 9 jours d'avance en Italie." — B. Marcos
  • En France, 264 personnes sont décédés à cause du coronavirus et 3.626 malades sont hospitalisés, dont 921 en réanimation, selon un bilan communiqué mercredi soir par le ministère de la Santé.
  • Bruno Marcos, chercheur de l’université Côte d’Azur, a évalué l’influence de la date de mise en application du confinement sur l’évolution de la pandémie.
  • Il partage les résultats de son étude, actualisée fréquemment.

Il utilise les maths au service de la santé. Bruno Marcos, chercheur au sein de l’université Côte d’Azur, a mis en équation l’évolution de l’épidémie de coronavirus pour prédire le nombre de malades et de morts en fonction de la date de mise en place du confinement. Le constat est clair : sans mesures, l’évolution deviendrait ingérable pour les services de santé.

Comment pouvez-vous prédire les conséquences de l’épidémie ?

​L’épidémie est en train de se propager de la même façon dans les différents pays. Après analyse des données, on constate qu’elle a 46 jours d’avance sur nous en Chine et 9 jours d’avance en Italie. Ce qui veut dire que si on regarde ce qui s’est passé en Chine et en Italie, on peut comprendre de façon assez approximative, mais assez certaine, ce qui se passera demain en France.

Et que révèlent vos prédictions ?

Si l’on ne prenait pas de mesure de confinement, le virus continuerait à se propager de façon exponentielle, tant en nombre de cas que de morts. En d’autres mots, en France, le nombre de malades doublerait à peu près tous les trois jours. Ce qui signifie qu’il serait multiplié par dix tous les neuf jours. Concrètement, imaginez que vous avez 50 lits de soins intensifs dans un hôpital et qu’aujourd’hui, vous en avez 25 occupés par des malades qui ont besoin d’assistance respiratoire à cause du coronavirus. Alors que vous avez l’impression que vous avez de la marge, en fait, pas du tout. Au bout de trois jours, vous aurez 50 personnes dans le service. Au bout de six jours, vous en aurez une centaine. Et ainsi de suite… L’enjeu est donc de désengorger les services de réanimation, et pour ça, la seule façon d’y parvenir, c’est de se confiner afin que le virus se propage beaucoup plus lentement.

Est-ce que les effets du confinement seront immédiats ?

Ce que nous apprennent les modèles et les expériences chinoises et italiennes, c’est qu’une fois que les gens sont bloqués chez eux, ça met un certain temps à faire de l’effet. Le nombre de malades continue à croître durant un certain temps car un certain nombre de personnes sont en incubation de la maladie. Si on regarde ce qui s’est passé en Italie et en Chine, c’est au bout d’une dizaine de jours que l’on a vu une augmentation moins rapide du nombre de malades ; et en conséquence, du nombre de décès. Ce délai est porté à trois semaines pour observer une stabilisation. Il va donc falloir être un peu patient.

Selon vous, est-ce que les mesures mises en place en France ont été prises à temps ?

Je pense que l’ensemble des pays ont pris les mesures un peu trop tard. Si vous regardez la Chine, l’Italie ou encore l’Espagne, on constate que les politiques ont eu un petit peu de mal à mesurer l’ampleur. Cependant, je pense que ce n’est pas le moment de rentrer dans la critique. C’est quelque chose qu’on pourra faire après. Maintenant, ce qu’il faut faire, c’est se mobiliser derrière le gouvernement qui est en train de prendre les bonnes mesures et suivre les recommandations. C’est vraiment un message important.