Nice : « Si vous n’avez pas d’humour, c’est la dépression assurée », Pierre Penalba livre son quotidien de cyberflic

INTERVIEW A travers les chroniques de « Cyber Crimes », Pierre Penalba révèle les dessous des affaires de la « cyber » de Nice. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il s'en passe, des choses, sur les réseaux de la Côte d'Azur

Propos recueillis par Jonathan Hauvel

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Pierre Penalba, auteur du livre Cyber Crimes (éditions Albin Michel)
Pierre Penalba, auteur du livre Cyber Crimes (éditions Albin Michel) — J.Hauvel / ANP / 20 Minutes
  • Pierre Penalba est le commandant du service de lutte contre la cybercriminalité de Nice.
  • Il sort « Cyber Crimes », une série de chroniques issues de ses années de service (éditions Albin Michel).

Piratages, escroqueries, usurpations d’identité, revenge porn… Chaque année, 26 millions de Français sont victimes de cybercriminalité. Pour sensibiliser aux dangers de l’informatique et du Net, Pierre Penalba a sorti Cyber Crimes aux éditions Albin Michel. Le commandant de police en charge du groupe de lutte contre la cybercriminalité de Nice depuis 2009 (la première de province) y raconte son quotidien de cyberflic, « très loin des séries télé et de leurs affaires pliées en 42 minutes » mais qui ne manque pas de piquant. 20 Minutes l’a rencontré.

Professionnels, particuliers, adultes, enfants… Tout le monde semble concerné par la cybercriminalité ?

A partir du moment où on possède un appareil connecté, on est concerné à 100 %. Tous ces appareils sont susceptibles d’être attaqués. Par contre, chaque prédateur a ses publics spécifiques. Si vous êtes parent, vous êtes concerné par les escrocs et par les pédophiles qui se font passer pour des enfants ou des professeurs sur les réseaux. De 20 à 50 ans, ce sera les escroqueries et surtout le chantage à la webcam pour des photos ou des vidéos intimes. Au-delà, ça devient beaucoup plus rare, si vous voyez ce que je veux dire [rires]. Pour les personnes âgées, ce sont surtout des histoires d’usurpation d’identité ou d’escroquerie où les hackers leur font miroiter des achats de biens.

Parmi vos chroniques, on retrouve beaucoup de cas de pédocriminalité. Notamment celui d’Emma, 11 ans, prise pour cible par un maître chanteur…

Ce cas-là était marquant. Le problème est venu de ses parents qui ont utilisé l’ordinateur qu’ils lui avaient offert pour acheter des maillots de bain. Ils ont vu une annonce sur Le Bon Coin qui disait "Moi, j’ai cinquante maillots à vendre de plein de tailles différentes. Si vous voulez avoir la liste, cliquez sur le lien". En cliquant, les parents ont infecté leur ordi avec un virus créé par un hacker. Son but était de pénétrer dans les ordis de jeunes filles âgées de 9 à 12 ans, avant de leur faire vivre un chantage à la webcam atroce. Techniquement, il avait trouvé l’astuce parfaite.

On sourit aussi beaucoup en lisant votre livre, que ce soit à travers des scènes vécues, des personnages rocambolesques (à l’image de cette conversation avec celles que vous surnommez les « deux cousines de Mado la Niçoise », ravies de rencontrer « les esperts de l’informatique »), ou encore de vos titres et commentaires personnels. L’humour est-il nécessaire pour faire votre métier ?

C’est un moyen de supporter les choses. On voit tellement de cas horribles. Faire un peu d’humour, même si c’est souvent de l’humour noir, ça nous aide à tenir. Parfois, vous nous entendriez à la cyber, ça vous choquerait. Si vous n’avez pas d’humour, c’est la dépression assurée. L’humour fait aussi partie de mon caractère. J’ai écrit mon bouquin comme je traite mes affaires.

Certains chapitres s’achèvent par des conseils pratiques. Pouvez-vous en rappeler quelques-uns ?

Se méfier de tout doit être un leitmotiv. La première cause d’infection se fait par phishing au niveau des mails. Il ne faut jamais cliquer sur un lien que l’on reçoit et ne jamais aller sur un site que l’on ne connaît pas. C’est une mesure de protection minimum.

La deuxième chose hyper importante est de ne jamais laisser un enfant seul devant son ordinateur ou sa tablette. Il doit être dans la pièce principale et les parents doivent pouvoir surveiller ce qu’il fait. Quand ils vont au jardin d’enfants, ils surveillent leurs enfants de loin. Pour l’ordi, c’est pareil. Ils ne laisseraient pas non plus leurs enfants seuls dans le quartier le plus pourri de la ville jusqu’à 4 h du matin. Eh bien quand ils les laissent seuls avec leur tablette ou un téléphone le soir dans leur chambre, c’est pareil. Internet est un monde merveilleux, mais pas un monde de Bisounours. Enfin, il faut se méfier des objets connectés. Ce sont des espions permanents. S’ils sont piratés, les gens peuvent savoir ce que vous faites. Aux USA, une enceinte a été utilisée par un pédophile pour parler avec une jeune fille dans sa chambre. Plus vous avez d’objets connectés, moins votre vie privée existe. Je ne remets pas en question leur utilité mais leur usage doit être maîtrisé. J’aimerais que les gens soient un petit peu plus paranos.

Pour terminer, si on est victime de cybercriminalité, que faire ?

Vous pouvez aller sur internet-signalement.gouv.fr et sur cybermalveillance.gouv.fr. Il y a plein de conseils et d’indications sur les démarches à suivre. Ensuite, il faut immédiatement aller au commissariat pour déposer plainte. De plus en plus de policiers sont formés à la cybercriminalité et savent comment réagir. Si la plainte est déposée rapidement, il est possible de bloquer les virements par exemple.