Grasse : Privés d’eau potable à cause de la cryptosporidiose depuis plus d’un mois, les habitants devront encore patienter

INFECTION Pour éradiquer le parasite qui a contaminé 155 personnes depuis le 7 octobre, le Syndicat intercommunal des eaux du Foulon a commandé la « Rolls-Royce du traitement de l’eau »

Jonathan Hauvel

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Les habitants doivent faire bouillir l'eau avant de la boire (Illustration)
Les habitants doivent faire bouillir l'eau avant de la boire (Illustration) — Frederic Scheiber/20 Minutes S
  • Près de 50.000 habitants ne peuvent boire l'eau du robinet sans la faire bouillir.
  • Depuis un mois, aucun nouveau cas de cryptosporidiose n'a été détecté.
  • Une usine de traitement de l'eau sera mise en service en octobre 2020.

« Nous espérons que les dispositions de restriction pourront être suspendues d’ici fin mars. D’ici là, il n’y aura pas d’évolution notoire », note Cédric Diaz, directeur du Syndicat intercommunal des eaux du Foulon (Sief). Boire, cuisiner, faire la vaisselle, préparer un biberon, se laver les dents… Ces actions quotidiennes a priori anodines ne le sont plus pour plus de 40.000 habitants de Grasse et sa région.

Depuis le 11 décembre, sur proposition de l’Agence régionale de santé (ARS) Paca, la préfecture des Alpes-Maritimes a pris un arrêté réglementant la consommation d’eau du robinet. Une mesure décidée après la découverte de cas de cryptosporidioses. Depuis le 7 octobre, 155 personnes ont été contaminées par cette parasitose qui affecte le tube digestif.

Toujours un risque de contamination par le parasite

Il est donc interdit aux habitants des communes concernées « d’utiliser l’eau délivrée par les réseaux présentant un risque de contamination par le parasite du genre cryptosporidium sans ébullition préalable de deux minutes pour la consommation humaine et pour l’hygiène bucco-dentaire ».

Au 20 janvier, seules les communes de Bar-sur-Loup (toute la ville), Châteauneuf-de-Grasse (secteur Pré du Lac), Gourdon (le Pont du Loup), Grasse (sauf les secteurs Placassier et hôpital Clavary), Mougins (secteur stade de football de la Valmasque), Le Rouret (chemin Saint-Pierre et chemin Vieux-Rouret) et Tourettes-sur-Loup (chemin de la Papeterie) étaient encore soumises aux mesures de restriction.

« Une fois qu’on aura réalisé ces travaux, on sera tranquille »

Le système de désinfection par chloration actuel ne permettant pas d’éliminer les micro-organismes parasites pathogènes tels que le cryptosporidium, le Sief a décidé le 16 décembre de la construction d’une usine de traitement des eaux du Foulon, pour un budget prévisionnel de trois millions d’euros hors taxes. « Ce qu’on va mettre en place sera la Rolls-Royce du traitement de l’eau. Une fois qu’on aura réalisé ces travaux, on sera tranquille une bonne fois pour toutes pour tous les types de pollution », lance placidement Cédric Diaz.

Dans un premier temps, une unité de désinfection aux ultraviolets sera créée. « Ce système consiste à faire circuler de l’eau à l’intérieur d’un réacteur en acier inoxydable dans lequel se trouvent des lampes UV », explique un document de synthèse du Sief. Elle devrait être opérationnelle d'ici fin mars 2020.

"Tout ne se fait pas en cinq minutes"

En complément, une unité de filtration sera mise en service en octobre 2020. « La filtration consiste à faire passer l’eau à travers un lit de matériau tel que le sable. Au cours de ce passage, la qualité de l’eau s’améliore considérablement par la diminution du nombre de micro-organismes (bactéries, virus, kystes) et par l’élimination de matières en suspension et colloïdales », précise la note du Sief citée précédemment.

« Tout ne se fait pas en cinq minutes. Ce n’est pas le genre de choses qu’on passe acheter au supermarché », déclare Cédric Diaz pour justifier les délais de réalisation.

Des compensations financières de la part de Suez ?

D’ici là, des périmètres de protection immédiate seront installés au niveau des sources du Foulon et des Fontaniers, pour un montant de 100.000 euros hors taxes. « Concrètement, il s’agit de poser 572 mètres de clôture avec des bavolets pour que n’importe quel animal malade ne puisse pas pénétrer dans les zones de captage », précise le directeur du Sief. Les travaux débuteront ce mardi et se tiendront jusqu’au 21 février.

Sur initiative du président du Sief Jérôme Viaud, par ailleurs maire de Grasse, une réunion avec les premiers magistrats  des communes concernées se tiendra cette semaine afin de lancer les négociations sur une compensation de la part de Suez auprès des usagers sinistrés. Une annonce devrait être faite d’ici la fin de la semaine prochaine.

Des packs d'eau à gogo

Pour pallier à l'utilisation de l'eau du robinet, Suez, exploitant du service public de l'eau sur Grasse, a fourni dans un premier temps 49.896 bouteilles d'1,5L. Depuis le 13 janvier, la ville de Grasse a complété ses stocks avec 16.632 bouteilles pour un montant de 2.581,29 euros hors taxes. Celles-ci sont disponibles en mairie ou distribuées dans les écoles, les crèches, les services de portage et de soins à domicile, les centres de loisirs, etc.