Inondations dans le Sud-Est : « Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion globale sur l’urbanisation »

INTERVIEW Le géographe et urbaniste niçois Giovanni Fusco répond aux questions de 20 Minutes sur la « bétonisation » de la Côte d’Azur que certains pointent du doigt

Propos recueillis par Fabien Binacchi

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Des agents nettoient les dégâts provoqués par de violentes inondations dans le Var et les Alpes-Maritimes, fin novembre 2019.
Des agents nettoient les dégâts provoqués par de violentes inondations dans le Var et les Alpes-Maritimes, fin novembre 2019. — F. Dides / SIPA
  • Les dégâts provoqués par les derniers épisodes méditerranéens dans le Sud-Est sont estimés à au moins 360 millions d’euros.
  • La « bétonisation » de la Côte d’Azur aggraverait les effets de ces intempéries, selon certains.
  • Sur la Côte d'Azur, « il n’y a aucun lieu où une réflexion de long terme sur l’urbanisation pourrait se produire  », pointe le géographe et urbaniste niçois Giovanni Fusco.
Le chercheur Giovanni Fusco

Deux « alertes rouges » pour deux épisodes méditerranéens. Ces phénomènes climatiques qui se sont enchaînés entre la fin novembre et début décembre dans le Sud-Est ont provoqué des centaines de millions d’euros de dégâts. La note a même d’ailleurs encore grimpé selon les assureurs qui l’ont estimée, ce vendredi, à 390 millions d'euros. Des dégâts qui pourraient être aggravés par la « bétonisation » de certaines villes qui empêcherait l’eau de s’écouler. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait, ainsi, lui-même reconnu des « fautes d’aménagement » tout en assurant qu’il y avait désormais une prise de conscience des élus. « On bétonne et on s’étonne », a également critiqué l’association France Nature Environnement, selon qui « il est consternant qu’aucune leçon ne soit tirée de ces drames qui se répètent pourtant chaque année ».

Le géographe et urbaniste niçois Giovanni Fusco (photo), directeur du laboratoire Espace (Etude des structures, des processus d’adaptation et des changements de l’espace) du CNRS et de l’université Côte d’Azur, fait le point.

Construit-on trop au même endroit ?

Ce n’est pas tant la quantité du bâti mais la qualité de son ensemble, la forme urbaine, qui pose problème aujourd’hui. L’histoire de Nice et de ses collines peut nous éclairer. Au début du XXe siècle, la ville avait produit une vraie réflexion sur les formes de son urbanisation future. Dans le second après-guerre, on a permis un assaut des collines, sans vision d’ensemble. La défiguration du paysage par des murs de soutènement, régulièrement mis en crise par les phénomènes de ruissellement et de glissement de terrain, est la conséquence de cette incapacité à concevoir une forme urbaine adaptée.

Quelle est l’urgence ?

C’est de penser au temps long. Parmi les 49 agences d’urbanisme en France, aucune n’est installée sur la Côte. Il n’y a donc aucun lieu où une réflexion de long terme pourrait se produire de manière indépendante du pouvoir en place, en s’ouvrant au débat avec la société civile et le monde académique.

A l’image d’un bitume poreux capable de laisser l’eau pénétrer, faut-il construire différemment, avec des matériaux plus « intelligents » ?

Ça pourrait contribuer à la réduction de l’impact de ces épisodes méditerranéens, mais à la marge uniquement. Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion globale sur les formes de l’urbanisation dans le futur.

Faudra-t-il aller jusqu’à tout raser pour tout refaire autrement ?

Nous avons lancé un travail de recherche à ce sujet à l’échelle de la métropole. On pourrait reformuler la question ainsi : une forme urbaine peut-elle bien évoluer avec l’ajout ou la soustraction de petits éléments ou bien faut-il repartir de zéro ? La seconde conclusion serait un terrible aveu d’échec et un incroyable gaspillage.