Nice: Elle veut sauver les frises des façades des maisons typiques niçoises

PATRIMOINE Denise Santi a écrit un livre sur ces trompe-l’œil de la Côte d'Azur

Mathilde Frénois

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Denise Santi a écrit un livre sur les décors et les frises des maisons niçoises.
Denise Santi a écrit un livre sur les décors et les frises des maisons niçoises. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes

Une glycine court sous le toit d’une maison de la rue de la Vallière, à Nice. Malgré la pluie et le vent, son violet reste perçant et ses feuilles ne tombent pas. Cette glycine n’est qu’un être de papier, une frise dessinée sous les tuiles qui a tout d’un trompe-l’œil. C’est pour conserver ce patrimoine que la Niçoise Denise Santi se bat. Historienne, elle vient de sortir son deuxième livre sur le sujet, Les façades peintes de la Ligurie au Comté de Nice (cosigné avec Paul Castela, Editions Melis).

« C’est un décor très original car il disparaît une fois qu’on franchit la frontière avec le département du Var, pointe-t-elle. Ces dessins sont peints sous les toits, autour des fenêtres, des portes et ils peuvent s’apparenter aux trompe-l’œil. » Des frises qui viennent tout droit d’un héritage : le rattachement de Nice à la France, il y a 150 ans, a coïncidé avec le début d’une période florissante. C’était le temps du développement du tourisme et de la Belle époque. On construit des palais, des hôtels particuliers, des villas grâce à une main-d’œuvre d’origine italienne. « Ces ouvriers, maçons, staffeurs, peintres, sont venus avec leur savoir-faire et leur technique, raconte Denise Santi. Ils ont construit la ville mais aussi leurs propres logements au pied des collines : un cube avec un toit à deux ou quatre pentes. » Et surtout, une façade enduite d’un revêtement à la chaux et les fameux décors.

Des façades classées

On retrouve ces frises à Nice, mais aussi à Menton, Beaulieu, Beausoleil. Partout où cette population italienne s’est installée. Mais voilà, pendant plusieurs décennies, ces frises ont été ignorées, oubliées, malmenées. « Quand je voyais un échafaudage, je me disais : “aïe”, peste l’historienne. Je savais qu’on irait au plus simple, qu’on recouvrirait par manque d’intérêt et de connaissance. » Sur 1000 façades, près de 700 disparaissent en quelques dizaines d’années. Puis le temps a passé, les frises ont pris la saveur des années. Elles sont aujourd’hui la marque d’une époque et sont finalement très recherchées par les amoureux d’architecture.

Certaines façades sont mêmes classées : impossible désormais de les détruire d’un coup de pinceau. « Il y a une prise en compte du fait que ça marque un territoire, que c’est extrêmement original », se réjouit Denise Santi. Des aides financières sont même mises à la disposition des propriétaires pour sauver les décors. Après la constitution de dossiers, des subventions peuvent être perçues qui prennent en charge jusqu’à la moitié du montant des travaux. Et après plusieurs décennies de manque de considération, les décors s’affichent à nouveau sur les frontons : « Aujourd’hui, on refait des frises sur les maisons neuves, avec l’esprit de l’ancien », se réjouit la Niçoise. L’histoire des décors n’est qu’un recommencement.