Nice : Pourquoi le congrès international sur le terrorisme peine à rassembler les victimes

ATTENTAT A partir de ce jeudi à Nice, 700 victimes de 35 pays se réuniront

Mathilde Frénois

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A Nice, le 14 juillet 2016, 86 personnes avaient été tuées, et 300 autres, blessées.
A Nice, le 14 juillet 2016, 86 personnes avaient été tuées, et 300 autres, blessées. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes
  • Dès ce jeudi, des victimes et leurs familles se réuniront à Nice.
  • Les congressistes (victimes, acteurs de la société civile, politiques et experts internationaux), tenteront de déterminer « une équité dans la qualité de traitement et de reconnaissance entre toutes les victimes de tous les pays ».​

Dans la tête de Bruno Razafitrimo tournent des questions. Beaucoup de questions. Sur la date de réception de l’indemnisation, sur un éventuel soutien pour le retour à la vie professionnelle, sur des aides pour la création d’une association, sur le suivi de ses deux enfants.

Bruno Razafitrimo a perdu son épouse Mino le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais, fauchée par le camion du terroriste de l’attentat de Nice. Cette liste d’interrogations, le Niçois compte l’exprimer au huitième congrès international des victimes du terrorisme. Dès ce jeudi, des victimes et leurs familles se réuniront à Nice.

Avec 700 victimes de 35 pays

« Peut-être que je me pose des questions, mais que d’autres ont déjà une réponse. Ou que d’autres ont les mêmes questions, estime-t-il. Je pense aller à ce congrès par curiosité. » Comme Bruno Razafitrimo, 700 victimes, de 35 pays différents, seront présentes lors de ce grand rassemblement. « On n’ira pas dans ce niveau de détails. Il ne faut pas qu’on se trompe de congrès, prévient Guillaume Denoix de Saint-Marc, président de l’association française des victimes du terrorisme (AFVT)​ qui organise l’événement. Ce qui m’a donné la force de créer l’AFVT, c’est que j’ai senti une force créative dans les congrès. Nos voix comptaient, nous pouvions avoir des idées intelligentes et être entendus. »

Les congressistes (victimes, acteurs de la société civile, politiques et experts internationaux), tenteront de déterminer « une équité dans la qualité de traitement et de reconnaissance entre toutes les victimes de tous les pays » : « C’est un congrès international, poursuit-il. Certes, en France, il y a encore des choses à améliorer. Mais par rapport à d’autres pays, ce n’est pas comparable. »

« Le constat amer du décalage »

C’est ce qui a poussé la seule association de victimes de l’attentat de Nice, Promenade des anges, à « refuser d’être associée » à ce grand raout. « On nous a demandé de porter une parole positive sur ce qui se fait en France. Mais le problème c’est que concrètement, ça ne fonctionne pas terrible, explique son représentant, Thierry Vimal. On est confrontés à des difficultés. » Des difficultés sur la reconnaissance du statut de victime ou sur la réception du fonds de garantie. Thierry Vimal, dont la fille a été tuée sur la promenade des Anglais en 2016, se rendra tout de même au congrès, mais « en simple auditeur » : « C’est notre devoir d’écouter ce qui se dit, affirme-t-il. On en attend de faire des rencontres en off avec des associations. Et quelque part, de faire le constat amer du décalage entre les gens qui ont la parole et ceux qui vivent les attentats. »

A Nice, 86 personnes ont été tuées, et 300 autres, blessées, auxquelles s’ajoutent les victimes psychologiques. « Ce sera aussi l’occasion de rencontrer d’autres personnes dans la même situation que nous », envisage Bruno Razafitrimo. Et d’échanger sur la reconstruction de « l’après terrorisme ».