Côte d'Azur: Entre Nice et Vintimille, on peut déjà voyager avec une compagnie de train privée

TRANSPORT La région Paca a renouvelé mercredi dernier le partenariat avec Thello pour la troisième année consécutive

Mathilde Frénois

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Fraudeurs involontaires, opportunistes ou systématiques, ils sont 20% à emprunter les TER sans billet en Paca, région la plus touchée par ce phénomène en France, selon les premières assises sur le sujet organisées vendredi à Marseille par le CE des cheminots.
Fraudeurs involontaires, opportunistes ou systématiques, ils sont 20% à emprunter les TER sans billet en Paca, région la plus touchée par ce phénomène en France, selon les premières assises sur le sujet organisées vendredi à Marseille par le CE des cheminots. — Patrick Valasseris afp.com
  • Depuis le 1er janvier 2018, les abonnés TER en Paca peuvent monter à bord de ces trains rouges entre Nice et Vintimille pour 3 euros de plus sur leur abonnement.
  • Thello a ainsi signé le premier accord de partenariat pour le transport de passagers régionaux en France avec la SNCF et la région Sud-Paca.

C’est un train qui n’a pas la même couleur que les autres. Six fois par jour, une locomotive rouge passe sous la verrière de la gare de Nice. Contrairement à toutes les autres rames de la région Paca gérées par la SNCF, celle-ci est détenue par Thello, une compagnie privée italienne. Depuis le 1er janvier 2018, les abonnés TER en Paca peuvent monter à bord de ces trains rouges entre Nice et Vintimille pour 3 euros de plus sur leur abonnement. Thello a ainsi signé le premier accord de partenariat pour le transport de passagers régionaux en France avec la SNCF et la région Sud-Paca. Un accord qui pourrait faire des petits ailleurs en France avec l’ouverture à la concurrence.

En moyenne, 800 personnes optent pour cet abonnement supplémentaire, majoritairement des salariés qui habitent à Nice et travaillent à Monaco. Chaque jour à 8h, ils font du cabotage entre ces deux stations. « C’est un cas particulier autorisé par la loi sur le pacte ferroviaire. Ça marche très bien, avec des pointes de fréquentation en fonction des conflits sociaux à la SNCF. Vendredi, le Thello a connu un grand succès, explique Philippe Tabarot, vice-président de la région Paca en charge des transports. Dans les périodes de conflits sociaux, ça a été d’une vraie utilité. »

« Un train italien a peut-être un petit quelque chose en plus »

Yves fait partie de ces passagers qui ont pris le Thello de 8h01 vendredi : « Les jours de grève, c’est clair que c’est forcément le Thello, dit-il. C’est le seul train qui circule : il assure une continuité de service. » Ce qui séduit aussi Yves, c’est le service à bord : « Les contrôleurs sont avenants et sympathiques. Ça ne veut pas dire que ceux de la SNCF ne le sont pas, dit-il. Ça veut dire que l’accueil est plus soigné. Un train italien a peut-être un petit quelque chose en plus que la SNCF. »

Pour Eric Sauri, président de l’association des Naufragés du TER Grasse-Vintimille, cette convention a été votée uniquement parce que « la SNCF est incapable de donner l’autorisation aux pendulaires de prendre le TGV » et de « rajouter des trains » : « Pour ceux qui peuvent partir de Nice, c’est génial. Vous êtes directement à Monaco en 15 minutes dans un train qui n’est pas en grève, affirme-t-il. Mais le problème, c’est pour les gens qui habitent près des petites gares. » Aussi, impossible de prendre Thello après le travail : les retours se font à 15h ou 19h. Trop tôt ou trop tard. Yves revient généralement avec la SNCF.

« De nouvelles méthodes et des coûts moindres »

Le partenariat avec Thello coûte environ 500.000 euros à la région Paca. Et il va être renouvelé : mercredi dernier, il a été voté pour la troisième année consécutive. Est-ce envisageable d’aller plus loin, avec encore d’autres entreprises concurrentes ? « On a fait un appel à manifestation d’intérêt, un appel d’offres à blanc, rappelle Philippe Tabarot. On avait 8 opérateurs qui ont répondu. Cela n’engage à rien mais ce qui est plutôt intéressant, c’est l’idée de pouvoir réussir à faire venir des opérateurs qui proposent de nouvelles méthodes et des coûts qui sont moindres. »

Encore faut-il avoir les infrastructures disponibles : « Sur le bassin niçois, il y a un vrai souci. On devait avoir l’ouverture d’un centre de maintenance. Il n’est toujours pas fait, s’inquiète Eric Sauri. Comment peut-on ouvrir à la concurrence avec un centre à Marseille, à 200 bornes ? » « On a retardé l’échéance, mais il va se faire à Nice Saint Roch. C’est clair net et précis », répond Philippe Tabarot. L’ouverture complète à la concurrence devrait débuter en 2023.