Attentat de Nice: « La vie s’est arrêtée ce jour-là », le père d'une victime publie un livre choc

INTERVIEW Dans 19 tonnes, Thierry Vimal raconte les six mois qui ont suivi cette nuit de l'horreur

Fabien Binacchi

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Thierry Vimal avait déjà écrit trois autres livres, aussi autobiographiques
Thierry Vimal avait déjà écrit trois autres livres, aussi autobiographiques — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Amie, 12 ans, la fille de Thierry Vimal, est l’une des 86 victimes de l’attentat de Nice.
  • Le Niçois partage le témoignage de son deuil dans un livre, 19 tonnes.
  • Il raconte aussi sa colère contre la médecine légale et le Fonds de garantie.

Le soir du 14 juillet 2016, le camion bélier qui a fait 86 morts sur la promenade des Anglais a croisé la route d’Amie, 12 ans. Thierry Vimal, son père, a décidé de raconter les six mois qui ont suivi cette nuit de l’horreur. Dans 19 tonnes (Le Cherche Midi, 1.008 p., 25€), comme le poids de l’engin lancé par le terroriste, il partage le témoignage brut de son deuil.

Quand avez-vous décidé d’écrire ?

En décembre 2016, quand on s’est échappé au Japon pour s’éloigner de Nice, j’ai acheté un premier cahier pour commencer à prendre des notes. Mais quand j’y repense, dès le 15 juillet, je réécrivais déjà des passages de ce qui nous arrivait dans ma tête.

Ça a commencé avec notre entrée dans Lenval [l’hôpital pour enfants de la prom’] entourés par les médias. La scène était surréaliste. En tout, j’ai mis ces trois ans à l’écrire. J’ai relu 2000 pages de SMS, de conversations sur Messenger, d’articles de presse pour raconter au plus près les six mois qui ont suivi.

Et vous n’hésitez pas à entrer dans certains détails très intimes…

J’ai voulu montrer tout l’impact et les répercussions d’un attentat, tout le poids de ce 19-tonnes qui explose tout. Je partage des moments d’intimité de mon couple notamment, qui était en pleine séparation à ce moment-là. Il y a des séquences de colère, de chagrin, de disputes mais aussi d’apaisement. Je parle aussi de sexualité mais ce n’est pas exhibitionniste. C’est juste le reflet de toutes les émotions traversées.

Aujourd’hui, comment allez-vous ?

Je vis au jour le jour, avec des moments d’abattement. « Aller bien » ou « aller » tout simplement, ça n’a plus vraiment de sens. Mais la vie doit continuer pour ma deuxième fille, pour sa mère. Dans les premiers mois, j’ai pensé au suicide altruiste, à tous nous tuer. On est acculé. Je ne voyais aucune solution d’avenir.

Je me disais « mais comment sa petite sœur va pouvoir vivre avec ce qui est arrivé à Amie ». Il y a des ténèbres encore aujourd’hui, mais aussi des moments de lumière auxquels on essaie de s’accrocher. Je suis toujours suivi par une psychiatre qui m’a convaincu de prendre des antidépresseurs légers.

Ressentez-vous toujours de la colère ?

J’ai rencontré le cheikh Bentounès, guide du soufisme. Je participe à des journées internationales où les religions se rencontrent. En ce moment, c’est plus contre la médecine légale et le fonds de garantie que je suis en rogne.

Le corps de notre fille a été autopsié sans que nous en soyons avertis et certains de ces organes ne nous ont toujours pas été rendus. Dans le livre, je raconte aussi les difficultés financières, mes cinq mois de loyers en retard. L’expert du fonds de garantie a estimé que cinq mois après l’attentat, j’étais capable de retravailler. Mais pour moi, la vie s’est arrêtée ce jour-là.