Attentat de Nice: Christian Estrosi, entendu comme témoin, rejette la responsabilité sur l’Etat

ENQUETE Le maire de Nice estime avoir respecté « à la lettre » les demandes de la préfecture

F.Bi. avec AFP

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Christian Estrosi lors d'un conseil municipal à Nice le 25 avril 2016.
Christian Estrosi lors d'un conseil municipal à Nice le 25 avril 2016. — BEBERT BRUNO/SIPA
  • Le maire de Nice, son premier adjoint et le préfet des Alpes-Maritimes de l’époque ont été entendus en tant que témoins assistés dans le cadre de l’enquête sur l’attentat du 14 juillet.
  • Christian Estrosi renvoie à la responsabilité de l’Etat, indiquant avoir réclamé « les mêmes conditions de sécurisation que celle du carnaval ou de l’Euro » de football.

Lorsque l’attaque au camion-bélier a frappé Nice, le soir du 14 juillet 2016, toutes les mesures de sécurité nécessaires étaient-elles en œuvre ? Entendu dans le cadre de cette enquête, Christian Estrosi a expliqué, selon des documents consultés par l’AFP, avoir respecté « à la lettre » les demandes de la préfecture, renvoyant à la responsabilité de l’Etat. Le maire LR de Nice a également indiqué avoir réclamé « les mêmes conditions de sécurisation que celle du carnaval ou de l’Euro » de football.

Ces dernières semaines, Christian Estrosi, son premier adjoint Philippe Pradal (maire au moment de l'attaque) et le préfet de l’époque Adolphe Colrat ont été interrogés par les juges d’instruction comme témoins assistés, un statut intermédiaire entre simple témoin et mis en examen. Leurs longues auditions (près d’une journée pour chacun), mettent en lumière l’ampleur des investigations menées par les magistrats depuis 2017 pour déterminer d’éventuelles responsabilités des autorités.

« Si on avait demandé à la ville d’appliquer un système étanche, nous l’aurions fait », a notamment assuré Christian Estrosi. « In fine, c’est la hiérarchie de l’Etat qui arbitre », a-t-il dit, estimant aussi qu’il revenait au préfet de le contacter, lui ou Philippe Pradal, s’il y avait eu le moindre problème. Pour le maire de Nice, les festivités du 14 juillet, qui avaient attiré 30.000 personnes, avaient été « autorisées par l’Etat ».

Pourquoi un dispositif fermé a-t-il été écarté ?

Les juges ont décortiqué les réunions préparatoires pour vérifier qui avait décidé quoi entre la préfecture et la mairie, relevant un « sentiment de flou ». Ils insistent notamment pour savoir pourquoi un dispositif fermé, avec filtrage du public, proposé le 28 juin 2016, avait été finalement écarté le 7 juillet. Aucun des trois n’assistaient à ces réunions.

« Le dispositif ouvert a bien fait l’objet d’un choix clair, partagé par l’Etat et la ville », a pour sa part exposé aux juges le préfet Adolphe Colrat. « L’Etat ne cherche nullement pour sa part à diluer sa responsabilité dans celle de la ville » et « le dispositif fermé, à supposer qu’on ait pu matériellement le mettre en œuvre, ne nous promettait que la pagaille et d’éventuels risques supplémentaires », a-t-il également justifié.

Quant au risque d’intrusion d’un véhicule bélier, « il est très difficile de prévoir ce qui n’est jamais arrivé ou qui n’a pas fait l’objet de renseignement », s’est défendu le préfet.

Les caméras de la ville n’ont pas détecté les repérages

La vidéosurveillance, dans une ville passée de 280 caméras en 2008 à plus de 2.300 aujourd’hui, n’aurait-elle pas pu permettre de détecter les repérages de l’assaillant ? Le camion de Mohamed Lahoueij-Bouhlel a été filmé à de multiples reprises les jours précédents sur la promenade des Anglais. Christian Estrosi balaie cette éventualité : « A quelques exceptions près, c’est un outil essentiellement dévolu à l’élucidation », dit-il. L’enquête met en évidence un manque de formation des agents postés devant les écrans.

Selon le maire, si le conducteur du camion « avait été vu et interpellé à temps, cela aurait justifié un timbre-amende de 22 euros » seulement. « En l’état actuel, seule l’intelligence artificielle pourrait permettre de déceler un repérage », assure-t-il, se plaignant de ne pouvoir légalement mettre à l’essai des dispositifs d’expérimentation.