Eric Ciotti et Christian Estrosi
Eric Ciotti et Christian Estrosi — DOMINIQUE FAGET / AFP

POLITIQUE

Européennes à Nice: La défaite de la droite peut-elle rebattre les cartes entre Ciotti et Estrosi aux municipales?

Pour un chercheur, « une candidature d’Eric Ciotti à Nice serait assez suicidaire vu la montée du Rassemblement national »

Pour Christian Estrosi, la « défaite » des Républicains dimanche soir aux élections européennes est « historique » dans les Alpes-Maritimes. A Nice aussi (11,7 %). Battu par le Rassemblement national, (28,18 %) mais également dépassé par La République en marche (21,83 %) et Europe écologie les Verts (11,87 %), le parti de Laurent Wauquiez va devoir encaisser le coup dans ce fief historique de la droite républicaine. Ce camouflet pourrait-il rebattre les cartes avant les municipales en mars 2020 ? La nouvelle donne peut-elle inquiéter d’éventuels candidats ?

Le constat est d’abord sans appel. Avec l’arrivée du parti d’Emmanuel Macron, LR a perdu plus de la moitié de ses voix dans la capitale azuréenne pour les élections au parlement européen, passant de 23.744 à 11.628. Et ce, alors même que le vote RN (ex-FN) n’a, lui, pratiquement pas bougé. Ils étaient 27.963, en 2014, à voter pour la liste de Jean-Marie Le Pen, contre 28.014 pour Jordan Bardella dimanche.

Une défaite qui s’inscrit dans un contexte singulier à Nice : le maire Christian Estrosi est toujours encarté chez Les Républicains mais a affiché, au moment des présidentielles, un certain côté « Macron-compatible ». Il a créé son mouvement « la France audacieuse » et s’est aussi détaché de son allié d’hier, Eric Ciotti, pour en faire son meilleur ennemi. Et peut-être même son adversaire direct aux prochaines élections municipales.

« Christian Estrosi garde un avantage certain grâce à son implantation »

« Depuis maintenant une bonne dizaine d’années, l’équilibre départemental et à Nice se modifie entre la droite républicaine et l’extrême droite, pointe Gille Ivaldi, chercheur au CNRS et à l’université de la Côte d’Azur. Le Rassemblement national est capable de venir contester l’hégémonie de LR dans certaines élections. Mais pour les municipales, Christian Estrosi garde un avantage certain grâce à son implantation. Ce qui est clair, c’est qu’une candidature d’Eric Ciotti à Nice serait assez suicidaire vu la montée du Rassemblement national. »

Le patron des Républicains dans les Alpes-Maritimes, qui n’a toujours pas déclaré sa candidature, reste plutôt en retrait depuis les résultats de dimanche. Sur LCP lundi soir, le député s’est dit cependant « convaincu que [les électeurs LR] choisiront à l’occasion des élections locales des élus Les Républicains qu’ils connaissent et apprécient ». « Le scénario sera très différent », a-t-il prédit.

Dans le clan LR, on s’acharne en effet à insister sur un fait : les élections nationales et supranationales n’ont pas les mêmes ressorts que les élections locales. A Nice, dans un an, les électeurs pourraient bien faire marche arrière et revenir à leurs habitudes de vote une fois dans l’isoloir. D’autant plus qu’en face, aucune figure nationale n’est annoncée pour se lancer dans la course à la mairie, ni du côté de LREM, ni de celui du RN. Reste encore à savoir si Eric Ciotti s’engagera ou non dans la course.