VIDEO. Nice: La reconnaissance faciale testée sur la voie publique, au Carnaval, une première en France

SECURITE Après des années de négociations infructueuses, Christian Estrosi a pu lancer une expérimentation strictement encadrée avec des volontaires

Fabien Binacchi

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Un panneau avertit les visiteurs du Carnaval de la tenue de cette expérimentation
Un panneau avertit les visiteurs du Carnaval de la tenue de cette expérimentation — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Dans un courrier, le gendarme de la protection des données, la Cnil, précise le cadre très strict de cette expérimentation menée pendant le Carnaval de Nice « pour protéger les droits des personnes ».
  • Vidéo explicative à l’appui, le maire de Nice a vanté les applications pour lesquels la reconnaissance faciale, qu’il défend ardemment, pourrait être utilisée : retrouver un enfant égaré par exemple et surtout faire avancer des enquêtes.

Souriez, vous êtes filmés… et désormais reconnus. Après des années de négociations infructueuses avec les autorités, Chistian Estrosi a finalement obtenu le droit de tester la reconnaissance faciale sur la voie publique, toujours interdite par la loi. Cette première en France, à Nice donc, sera orchestrée pendant le  Carnaval.

« Nous avons reçu l’accord de la Commission nationale de l’informatique et des libertés [Cnil]​ vendredi et, en fait, nous avons testé le logiciel dès samedi », a révélé le maire lundi soir. Dans un courrier daté du 15 février et que 20 Minutes a pu consulter dans la soirée, le gendarme de la protection des données dessine un cadre très strict à cette expérimentation « pour protéger les droits des personnes ».

Regrettant toutefois « l’urgence dans laquelle ses services ont été sollicités » et précisant que « les textes en vigueur n’interdisent pas par principe l’expérimentation envisagée », la Cnil réclame que le dispositif soit testé auprès des seuls volontaires, en excluant les mineurs. Elle invite également la ville à « veiller strictement » au « consentement de l’ensemble des personnes concernées ».

Retrouver des personnes « d’intérêt »

Vidéo explicative à l’appui, le maire de Nice a vanté les applications pour lesquels la reconnaissance faciale, qu’il défend ardemment, pourrait être utilisée : retrouver un enfant égaré et surtout faire avancer des enquêtes autour de personnes « d’intérêt », c’est-à-dire recherchées. « Après un attentat, un braquage ou lorsque les complices d’un crime sont identifiés, un tel système pourrait être mis à contribution », a indiqué Christian Estrosi.

Pour la première sortie du roi du Cinéma, un millier de bénévoles ont été recrutés directement à une entrée de la manifestation. A l’accès E4, sur la promenade du Paillon, un panneau annonçait la couleur aux visiteurs : « Une expérimentation de reconnaissance faciale menée par la ville de Nice est effectuée dans le périmètre de cette entrée […] Si vous ne souhaitez pas participer, vous pouvez emprunter la file voisine. »

Les « cobayes », eux, ont donc emprunté un chemin détourné scruté par six caméras du système de vidéosurveillance niçois directement relié au logiciel d’analyse Any Vision développé par la start up monégasque Confidentia. En 0,2 seconde, le système est capable de reconnaître une personne dans un fichier de photos mis à disposition.

De nouveaux tests mardi et mercredi

« Pour cette première expérimentation, nous avons demandé à cinq volontaires sur les 1.000 présents de nous fournir une image pour évaluer l’application en conditions réelles et différentes. De jour ou de nuit, de loin ou de près. Et les cinq personnes ont toutes été retrouvées, dont une pour laquelle la photo datait de 30 ans », a précisé une collaboratrice du maire en charge de la sécurité.

De nouveaux bénévoles devraient être à nouveau mis à contribution mardi soir pour le corso illuminé et mercredi après-midi pour la bataille des fleurs. Un nouveau contact sera pris avec la Cnil pour poursuivre l’expérimentation au-delà.

La ville s’est engagée à envoyer les conclusions de son test dans les deux mois « à la Cnil et aux parlementaires », a précisé Christian Estrosi, qui milite depuis 2015 pour faire modifier la législation sur l’utilisation de la reconnaissance faciale.

En mars 2018, le maire de Nice s'était fait retoqué par la Cnil pour son projet Reporty, une application d’appels vidéo en direct à la police. Plus récemment, la ville a confirmé qu’elle lançait une étude pour une possible expérimentation dans ses rames de tramway, où les émotions des passagers pourraient être analysées. Pourt détecter d’éventuels comportement suspects.