Nice: «Flicage» ou «fluidité», le lycée des Eucalyptus sera le premier à expérimenter la reconnaissance faciale

SECURITE Avec l’établissement Ampère à Marseille, il testera cette nouvelle technologie qui permettra de surveiller les entrées…

Mathilde Frénois

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Le lycée des Eucalyptus mènera une expérimentation pour tester la reconnaissance faciale.
Le lycée des Eucalyptus mènera une expérimentation pour tester la reconnaissance faciale. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes
  • Le lycée des Eucalyptus, c’est plus de 1.400 élèves, 180 professeurs et plusieurs cursus en section générale, technologique, professionnel, des BTS et des classes préparatoires.
  • Autant de personnes dont il faut surveiller les entrées et les sorties.
  • Toute personne consentante et souhaitant pénétrer dans l’établissement présentera un badge. Une comparaison sera réalisée entre le badge et son visage grâce à un système de reconnaissance faciale.

Pas encore arrivé devant le portail du lycée des Eucalyptus qu’Adrien a déjà son carnet dans une main et le sac à moitié ouvert. C’est que, pour entrer dans cet établissement scolaire de Nice, il doit montrer patte blanche. Dans quelques semaines, ces prédispositions ne seront plus demandées aux élèves : les « Eucas » est le premier lycée de France, avec Ampère à Marseille, à expérimenter la reconnaissance faciale.

« Ce sera plus pratique, estime Adrien qui a entendu parler de ce test uniquement dans la presse. C’est mieux car on rentrera plus rapidement dans le lycée. » Des caméras seront installées à l’entrée. Toute personne consentante et souhaitant pénétrer dans l’établissement présentera un badge. Une comparaison sera réalisée entre le badge et son visage grâce à un système de reconnaissance faciale. Si cette authentification n’est pas validée, un surveillant interviendra.

« Seuls les volontaires rentreront par ce portique »

« Il n’y a pas plus d’incidents qu’ailleurs et pas de focus sur le lycée des Eucalyptus », indique-t-on du côté de la police nationale. Pourtant, l’établissement mène l’expérimentation. Mais alors, pourquoi a-t-il été choisi ? « Il y a une raison particulière. Nous disposons de sections tournées vers l’électronique et la technologie, explique le proviseur Philippe Albert. On développe des projets en lien avec la smart city. Une maquette de cette expérimentation sera d’ailleurs proposée aux élèves d’un bac pro pour travailler dans le cadre de leur champ disciplinaire. »

Le lycée des Eucalyptus, c’est plus de 1.400 élèves, 180 professeurs et plusieurs cursus en section générale, technologique, professionnel, des BTS et des classes préparatoires. Autant de personnes dont il faut surveiller les allées et venues. « La reconnaissance faciale permettra la détection et la fluidité à l’entrer. Mais nous sommes dans le cadre d’une expérimentation, précise le proviseur. Tous les élèves ne passeront pas par ce système. Seuls les volontaires rentreront par ce portique. »

« Cela se fait au détriment des libertés »

Le secrétaire départemental du syndicat enseignant Snes a fait d’autres calculs : « On n’est pas convaincu de la rapidité. Si le matin il faut que les élèves s’arrêtent 4 à 5 secondes, il y aura une file d’attente, pointe Jean-Paul Clot. On est très inquiets car c’est la porte ouverte à toute une série de manipulations qui ne vont pas aller dans le bon sens. Les arguments avancés sont toujours les mêmes : rendre plus sûrs les établissements. Mais cela se fait au détriment des libertés. Là, c’est du flicage. »

Devant l’établissement, d’autres élèves attendent l’ouverture du portail. Pour le moment, les vérifications se font grâce à un surveillant. « C’est une bonne idée car ça évitera que des élèves s’incrustent, pointe un autre lycéen croisé sur le parvis de l’établissement. Ça sécurise sans mettre des grandes barrières à l’entrée et de tout calfeutrer. » Salim et Yohan, en bac pro, ne sont pas du même avis : « On n’aime pas trop. Il y a une volonté d’avoir nos données, pensent-ils. Après, on sera fichés. » Il reste encore quelques semaines aux lycéens pour étudier sans reconnaissance faciale, et pour informer s’ils sont consentants ou pas. Le dispositif sera mis en place « en amont des vacances de Pâques ». En même temps que pour le lycée marseillais.