Qu'est-ce qui change pour les écoliers et les profs avec la fusion des académies de Nice et d'Aix-Marseille?

PROJET A l’horizon 2020, chaque région disposera d’une seule et unique académie. Ce sera notamment le cas pour Provence-Alpes-Côte d’Azur…

Mathilde Ceilles et Mathilde Frénois

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Illustration d'un professeur d'anglais
Illustration d'un professeur d'anglais — DERRICK CEYRAC / AFP
  • Le projet est lancé depuis les lois de juillet 2013 portant sur « la refondation de l’école et sur l’enseignement supérieur et la recherche ». Objectif : une région, une académie.
  • Des enseignants niçois ont lancé une pétition pour s’opposer à cette fusion.

« Loin des yeux, loin du cœur ». C’est le proverbe qui angoisse Serge Chiaramonti à l’évocation de la fusion des académies de Nice et d’ Aix-Marseille à l’horizon 2020. Ce professeur d’histoire et de nissart craint qu’avec ce regroupement et le transfert du pôle décisionnel à l’ouest de la région Sud-Paca, sa « cinquième ville de France soit inféodée à Marseille ». Pourquoi ce projet a-t-il été lancé, dans quels délais verra-t-il le jour et quelles sont les craintes qui l’entourent ? 20 Minutes fait le point.

Mais qu’est-ce que la fusion ?

Ce n’est pas le gouvernement Macron qui a été à l’initiative de ce regroupement des académies. Le projet est inscrit depuis les lois de juillet 2013 portant sur « la refondation de l’école et sur l’enseignement supérieur et la recherche ». Objectif : une région, une académie.

« La loi Notre a refondu les régions, mais sans toucher au périmètre de l’Education nationale, explique-t-on au rectorat d’Aix-Marseille. En région Paca, ces deux académies existent depuis longtemps, tandis que le périmètre de la région est resté inchangé. Le ministre a toutefois voulu pousser plus loin cette organisation, et mettre sur l’échelon territorial l’académie de notre région. Il y aurait dès lors plus qu’un seul recteur, et une cohérence de l’Education nationale au niveau régionale. »

Le recteur d’Aix-Marseille bénéficie d’ores et déjà d’un statut de « recteur de la région académique Paca », afin de désigner un interlocuteur unique au sein de ces deux académies auprès de plusieurs instances locales comme le conseil régional. « Aucun des sites ne sera supprimé, affirme-t-on au rectorat. Il s’agit d’une réorganisation. » Parmi les pistes évoquées se trouvent ainsi la spécialisation de certains sites. « On pourrait, par exemple, traiter les problématiques des examens dans les Hautes-Alpes, et les questions de recrutement dans le Vaucluse », énumère Laurent Tramoni, secrétaire académique du Snes-Fsu au sein d’Aix-Marseille.

A quelle échéance les académies de Nice et d’Aix-Marseille marcheront-elles ensemble ?

Actuellement, l’académie de Nice regroupe les départements des Alpes-Maritimes et du Var, soit 432.738 élèves qui fréquentent 1.149 écoles, 176 collèges et 89 lycées. Le reste de la région Paca relève de l’académie d’Aix-Marseille, soit  661.900 élèves répartis dans 1.981 écoles et 472 collèges et lycées. Le rectorat d’Aix-Marseille indique travailler avec le rectorat de Nice sur une « feuille de route avec diverses propositions à remettre au ministère de l’Education nationale et au ministère de l’Enseignement supérieur début 2019. »

Ce mardi, lors du deuxième comité interministériel de la transformation de l’action publique, Gérald Darmanin et Edouard Philippe ont placé au rang de priorité le fait de « placer les académies au périmètre des régions au 1er janvier 2020. »

Quelles craintes entourent ce projet de fusion ?

Depuis fin septembre, Serge Chiaramonti « fait tourner des papiers ». Le Niçois a imprimé une pétition « contre la disparition de l’académie de Nice ». Plusieurs centaines de personnes y ont déjà apposé leur signature. « Cette décision conduirait à une fuite de l’espace décisionnel de Nice, estime ce professeur de collège. Le gestion du personnel, les services de scolarité, l’administratif déménageront à l’autre bout de la région. Cette perte de proximité est une rupture du service public au même titre que les villages ruraux quand ils perdent La Poste ou leur médecin. Après le centralisme parisien, on fait du centralisme régional. Nice sera dépendante de Marseille. »

Une vision régionale de l’Education nationale qui inquiète aussi Laurent Tramoni. « On tend vers une régionalisation des politiques éducatives en France, avec un ministère qui fixe des objectifs et qui laisse les académies, fixer les modalités pour atteindre ces buts. Avec ce système, on aura un ministère mammouth et 13 mini-minstères qui pourront régir la politique éducative locale en termes par exemple de recrutement, avec des concours régionaux. Cela peut donner des différences de niveaux de professeur en fonction des régions, où les plus demandées correspondront aux concours les plus sélectifs. C’est un projet en gestation depuis de longues années, et j’ai le sentiment qu’on avance vers cela. »

Faudra-t-il traverser la région pour régler un problème administratif ?

Serge Chiaramonti s’inquiète pour « les AVS qui devront aller jusqu’à Marseille pour régler un problème administratif » et pour « les lycéens qui choisiront une filière particulière ». Il craint qu’élèves, parents et personnels niçois soient contraints de faire 200 km pour régler des problématiques administratives.

« Il n’y aura pas de suppression de site, ni de suppression de postes, ni de mobilité contrainte. L’objectif n’est pas de supprimer un échelon administratif, rassure-t-on du côté d’Aix-Marseille. On se donne comme objectif d’au contraire renforcer le maillage au niveau local avec un maillage plus proche. »

Des promesses auxquelles peinent à croire Laurent Tramoni. « Le discours du rectorat est contredit par le gouvernement, qui est dans une logique de réduction des postes par souci d’économie, affirme le syndicaliste. Près de 50.000 postes de la fonction publique d’Etat vont être supprimés. Or, l’Education Nationale représente la moitié de cette fonction publique, elle va être forcément impactée. » En septembre dernier, Jean-Michel Blanquer a annoncé la suppression de 1.800 postes dans l’Education nationale dès 2019.