Cédric Herrou et son avocat Zia Oloumi, ce lundi au tribunal correctionnel de Nice.
Cédric Herrou et son avocat Zia Oloumi, ce lundi au tribunal correctionnel de Nice. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes

MIGRANTS

Nice: Cédric Herrou accusé d'avoir injurié le préfet, 5.000 euros d'amende requis

Dans un post sur Facebook, l’agriculteur pro-migrants faisait le parallèle entre le traitement des migrants dans la vallée de la Roya et celui des juifs pendant l’Occupation…

  • Le délibéré est fixé au jeudi 13 décembre.
  • Le préfet des Alpes-Maritimes a demandé un euro symbolique. 

Pour Cédric Herrou, la semaine de contestation a débuté très tôt dans le train. A bord du wagon qui l’emmène de son domicile de Breil-sur-Roya au palais de justice de Nice, le défenseur emblématique des migrants interpelle un policier qui contrôle des identités : « Pourquoi vous ne nous contrôlez pas ? Parce qu’on est blancs, s’exclame-t-il sur une vidéo qu’il publie sur Facebook. Là, c’est du contrôle au faciès manifeste. Vous ne contrôlez que les noirs ».

C’est aussi un post sur le même réseau social qui l’a conduit à la barre du tribunal correctionnel de Nice l’après-midi. La cour lui reproche d’avoir injurié, à deux reprises et publiquement le préfet des Alpes-Maritimes, Georges-François Leclerc. Dans un billet sur Facebook, Cédric Herrou faisait le parallèle entre le traitement des migrants dans la vallée de la Roya et celui des juifs pendant l’Occupation.

Il encourt une amende 12.000 euros

Le 12 juin 2017, Cédric Herrou vient en aide à 92 migrants. Tous arrivent en gare de Breil-sur-Roya pour prendre le train, direction la plateforme d’accueil pour demandeurs d’asile (Pada) de Nice. Face à cette arrivée massive, un dispositif de sécurité a été mis en place afin de sécuriser les lieux. Seuls les migrants munis d’un billet, soit 19 d’entre eux, ont pu monter à bord pour descendre à Nice régler les dossiers administratifs.

Suite à ces faits, Cédric Herrou s’empare de son téléphone et pianote un message : « Peut-être le préfet des Alpes-Maritimes pourrait s’inspirer des accords avec la SNCF pendant la Deuxième guerre pour le transport des juifs pour gérer le transport des demandes d’asile… Bref. » Un message pour lequel il encourt une amende 12.000 euros.

« Provocation pour faire avancer les choses »

Au palais de justice de Nice, l’agriculteur de 38 ans a fait face au préfet des Alpes-Maritimes. Et à une vingtaine de personnes en tailleur ou costume-cravate sombre. Des fonctionnaires, commissaires, directeurs de cabinet, députée… Venus le soutenir. « C’est la première fois que le préfet Leclerc se constitue partie civile, plaide son avocat Me David Rebibou. Il a embrassé la carrière qui est la sienne car il voudrait servir la France dans le respect des valeurs républicaines. Ces propos sont particulièrement odieux à l’égard de ces fonctionnaires qui mettent en œuvre la politique du gouvernement. »

« Ma volonté, c’est d’interpeller, de faire réagir, s’explique le défenseur emblématique à la barre. C’est une forme de provocation pour faire avancer les choses. » Cédric Herrou expliquera longuement à la cour le contexte social et politique de la vallée de la Roya en juin 2017. « C’était les législatives. L’élu FN Olivier Bettati dénonçait le fait que la SNCF donne des billets de train, raconte-t-il. Nous demandons alors au préfet de prendre en charge le transport des demandeurs d’asile. On n’a pas de réponse. Le préfet demande à la police ferroviaire de bloquer l’accès aux trains. Le contexte, c’est marcher pendant trois jours dans la montagne pour aller jusqu’à Nice pour que les personnes demandent l’asile. » Pour les propos qu’il estime injurieux, Georges-François Leclerc réclame un euro symbolique. Il ne s’est pas exprimé au cours de l’audience.

Délibéré en décembre

Au terme de trois heures d’audience, la procureure a requis une amende à hauteur de 5.000 euros. « Manifestement, nous n’avons pas la même définition de l’humour, a-t-elle pointé. Votre humour n’est pas le meilleur qui soit. » Mais pour la défense, il y a « mésinterprétation du post de Cédric Herrou » : « Il ne dit pas que le préfet est un nazi ou un collaborateur. Il suggère de mettre les moyens de l’état au service du respect et du droit, estime Maître Sabrina Goldman. Je ne trouve pas illégitime ni farfelu de faire une analogie entre la situation des migrants et celle des juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Les injustices sont comparables. Toutes ces personnes qui fuient l’extermination en Syrie, en Irak, en Erythrée et qui prennent le risque de traverser sur un bateau et qu’on refoule à nos frontières. Ce qui choque, c’est ce que fait le préfet des Alpes-Maritimes. »

Déjà condamné en août 2017 pour aide aux migrants, Cédric Herrou avait écopé de quatre mois de prison avec sursis par la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Le délibéré est fixé au 13 décembre.