VIDEO. Alpes-Maritimes: Des habitants de Sospel coupés du monde depuis six mois se préparent à passer l'hiver

REPORTAGE A Sospel, où la seule route menant à deux hameaux s’est effondrée il y a six mois, un héliportage a été organisé…

Fabien Binacchi

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Florence Sebille emprunte le sentier avec son chien Bayou Lancer le diaporama
Florence Sebille emprunte le sentier avec son chien Bayou — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • A Sospel, où la seule route menant aux hameaux de Béroulf et Sainte-Sabine s’est effondrée il y a six mois, un héliportage a été organisé.
  • Du bois et du gaz pour passer l’hiver, mais aussi des véhicules ont été transportés par les airs.
  • En attendant l’aménagement d’une piste, prévu pour le printemps prochain, les habitants empruntent un petit sentier à fort dénivelé.

Du bois, des bonbonnes de gaz, une pompe à chaleur et du foin pour les bêtes… Les « déroutés de Sospel » s’apprêtent à passer l’hiver, toujours coupés du monde. Mercredi matin, un peu plus de six mois après l’effondrement de la seule route d’accès à leurs hameaux de Sainte-Sabine et Béroulf, sur les hauteurs de Menton, ces 45 habitants organisaient un héliportage. Le but ? Transporter tout ce qui ne peut pas l’être à dos d’homme, dans l’escarpé sentier qu’ils piétinent tous les jours. Sans autre choix.

Un héliportage a été organisé mercredi pour transporté du bois de chauffage notamment
Un héliportage a été organisé mercredi pour transporté du bois de chauffage notamment - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

« On monte les courses du quotidien dans un sac à dos, mais les charges très lourdes, c’est beaucoup trop compliqué », explique Jacques Denaix, le président de l’association qui s’est formée sur cette montagne dont un pan entier s’est décroché, emportant avec lui plus de 200 m de voirie.

Leur route a été emportée par un impressionnant glissement de terrain
Leur route a été emportée par un impressionnant glissement de terrain - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

« On se dit que c’est une épreuve intéressante dans notre vie »

« On a dû aussi descendre deux véhicules, dont un fourgon qu’il a fallu entièrement désosser pour qu’il puisse être soulevé, précise le responsable. L’hélico, c’est un peu la seule solution en attendant l’aménagement d’un accès qu’on nous promet pour le milieu du printemps. » Les travaux d’une piste en terre praticable en voiture devraient être lancés avant la fin de l’année par la commune de Sospel. Cette solution permet d’aller plus vite qu’avec une route goudronnée.

Mais Jacques Denaix fait preuve « d’optimisme » : « Il y a de la solidarité. On se dit que c’est une épreuve intéressante dans notre vie. Nous avons appris à nous adapter, à pied. On rajoute une demi-heure le matin et une demi-heure le soir. Et on doit prendre une tenue de randonnée et la lampe frontale ».

Leur kit de survie dans le sentier du Gerbaias, ce chemin qui serpente en sous-bois et fait le lien entre le village et les habitations. Mais pas simple pour tout le monde d’avaler le dénivelé. Et le sol glissant, plus encore avec les feuilles tombées et les températures qui vont baisser.

« Fatigué de cette situation »

« On le vit mal, très mal. On est plusieurs à être blessés et c’est compliqué. Moi, j’ai mal au genou, alors je ne descends même plus tous les jours », témoigne Michel Daigneau, 68 ans et « fatigué de cette situation ».

« Le matin ou en début de soirée, il fait nuit noire. Et se retrouver seule sur ce passage, ce n’est pas rassurant, décrit Florence Sebille. Mieux vaut ne pas oublier le téléphone et veiller à ce qu’il soit bien chargé. » Et cette habitante de Sainte-Sabine sait qu’il faut faire avec, encore pendant de long mois.