Attentat de Nice: Ce qu'en pensent les psychiatres du visionnage des images du camion par les familles

TRAUMATISME Les parents de deux jeunes hommes tués sur la promenade des Anglais ont obtenu le droit de visionner les images du camion…

Fabien Binacchi

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Le camion criblé de balles qui a servi à faire l'attentat à Nice, le 14 juillet 2016. / AFP PHOTO / BORIS HORVAT
Le camion criblé de balles qui a servi à faire l'attentat à Nice, le 14 juillet 2016. / AFP PHOTO / BORIS HORVAT — AFP

Ils ont choisi de vivre en vidéo les derniers instants tragiques de leur enfant de 22 et 25 ans. Les parents de deux victimes ukrainienne et estonienne de l’attentat de Nice ont obtenu du parquet antiterroriste le droit de visionner les images de la course folle du camion sur la promenade des Anglais.

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Un choix appuyé pour « accompagner leur enfant », selon l’avocate de ces familles, Me Samia Maktouf. Mais, une telle initiative peut-elle se révéler salvatrice ?

« C’est en tout cas une manière, pour eux, d’être là jusqu’au bout », répond Michèle Battista, pédopsychiatre, médecin du centre d’évaluation pédiatrique du psychotraumatisme à l’hôpital Lenval.

Participer au processus de deuil

« Je ressens cette volonté comme celles des parents qui restent au chevet d’enfants malades jusqu’à leur dernier souffle », explique également la spécialiste.

Elle met cependant en garde : « Cela peut participer au processus de deuil, mais dans des cas très précis et pour des familles qui sont suivies car la douleur sera aussi intense que lors de l’annonce de la mort. »

« Exacerber le sentiment de révolte »

Le visionnage des images, qui se fera dans un cadre très strict, peut « au contraire entretenir le deuil traumatique, qui sera encore plus compliqué à surmonter », pointe aussi le Pr Michel Benoit, chef du service de psychiatrie adulte du CHU de Nice.

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« Les effets négatifs d’une telle exposition peuvent l’emporter sur d’éventuels effets positifs. En exacerbant notamment le sentiment de révolte, note-t-il. Il faut avant tout chercher à se reconstruire, pas à amplifier le traumatisme. »