Policier le jour à Nice, écrivain la nuit, l’étonnant parcours de Joël Baqué

LITTÉRATURE Témoin de l’attentat du 14 juillet 2016, Joël Baqué publie un quatrième roman remarqué, dont il parle aux Correspondances de Manosque…

20 Minutes avec AFP

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La Promenade des Anglais, à Nice.
La Promenade des Anglais, à Nice. — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Tout dans son parcours sort de l’ordinaire. Invité des Correspondances de Manosque, en lice pour l’exigeant prix Wepler, Joël Baqué, enfant délaissé, ex-CRS, officier de police judiciaire à Nice, témoin de l' attentat du 14-juillet, est surtout un écrivain hors du commun.

La fonte des glaces, son quatrième roman publié chez P.O.L, est un chef-d’œuvre de loufoquerie comme il en existe peu dans l’édition française. L’histoire d’un charcutier retraité et dépressif, Louis, qui va devenir le symbole de la lutte contre le réchauffement climatique après être tombé sous le charme d’un manchot empereur empaillé…

De service au soir du 14 juillet 2016 

Mais attention, Joël Baqué, grand échalas au physique de jeune homme, n’est pas un clown. « Je suis commandant de police et je travaille sur la traite des êtres humains dans les Alpes-Maritimes », lâche-t-il. Le 14 juillet 2016, il était de service au moment de l’attentat à Nice sur la Promenade des Anglais. « J’ai vu les corps. Des images reviennent. Une en fait, celle du corps d’un enfant dont le petit bras dépassait de la couverture qui le recouvrait », se souvient-il.

Son plus proche collègue, de repos ce soir-là et qui se promenait sur la Promenade avec sa femme et sa fille, a été tué dans l’attentat. « Je travaillais avec lui tous les jours. Nos bureaux étaient côte à côte. Il est mort en trois minutes devant sa femme et sa fille. Ça a été une période très difficile », confie-t-il à l’AFP.

A bientôt 54 ans, il songe à prendre une retraite anticipée. A Manosque, le futur ex-policier apparaît d’abord comme un poète et romancier remarquable.

L’amour des mots, le désir d’écrire est venu tard et par hasard. Dire que Joël Baqué n’a pas eu une enfance heureuse est un euphémisme. « On ne me violentait pas mais il y avait un manque total et absolu d’affection de mon père », dit-il avec pudeur.

Le salut par la poésie

Sans diplôme, le jeune Baqué s’engage dans l’armée « pour partir de chez moi le plus vite possible ». « Plus jeune gendarme de France », il est affecté dans les forces de maintien de l’ordre. Rêvant d’enquêtes plutôt que de répression, il entre dans la police mais est « versé d’office » dans le corps des CRS et se retrouve de nouveau à faire du maintien de l’ordre.

Le salut viendra par un livre trouvé sur la plage en Corse, apporté au poste où il officie comme maître-nageur sauveteur. C’est un livre d’entretiens entre Philippe Sollers et Francis Ponge, et pour Joël Baqué c’est un déclic. « J’ai aimé la concision de Ponge. […] J’étais totalement étranger à la poésie et soudain je trouvais des choses qui m’intéressaient. »

L’enfant mal-aimé, sans diplôme, se plonge dans la poésie. Son premier texte, un recueil de poésie, Angle plat est publié en 2002. Trois autres recueils suivront avant qu’il ne publie son premier roman en 2011.

Parlant de Louis, le personnage principal de La fonte des glaces, il le décrit comme « un antihéros un peu pathétique ». « J’ai de la tendresse pour les personnages qui sont comme ça. Je m’attache à eux peut-être parce que je leur ressemble », dit-il dans un éclat de rire.