Nice: Huit mois de prison pour un passeur livré aux gendarmes par Cédric Herrou

JUSTICE Quatre compatriotes de cet Ethiopien l’avaient dénoncé...

20 Minutes avec AFP

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Cédric Herrou à son procès en appel
Cédric Herrou à son procès en appel — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Ses allées et venues avaient fini par éveiller les soupçons. Un Ethiopien, accusé par des compatriotes migrants de les avoir fait passer de Vintimille en France contre de l’argent et livré à la gendarmerie par l’agriculteur militant Cédric Herrou, a été condamné lundi à huit mois de prison à Nice et écroué.

C’est la première fois qu’un passeur est repéré parmi les migrants hébergés par Cédric Herrou et l’association Roya Citoyenne. Cédric Herrou s’était porté partie civile pour atteinte à son image, mais sa demande a été rejetée, à la demande du parquet.

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Jugé en comparution immédiate, Wossem Naka, 26 ans, a contesté les faits. Selon son avocate, Me Sophia Benmansour, c’était sa deuxième tentative de passage en France et il a refusé l’argent que les autres voulaient lui remettre, 120 euros au total. « On n’a pas pu prouver qu’il avait de l’argent liquide sur lui. Il a été condamné parce qu’il avait accompagné ses compatriotes en France », a-t-elle indiqué, en rappelant que le parquet avait requis douze mois d’emprisonnement.

« Quoi qu’il fasse, Cédric Herrou est toujours coupable ! »

Il avait été arrêté samedi après s’être présenté à la gendarmerie de Breil-sur-Roya, accompagné par Cédric Herrou et de quatre compatriotes qui l’ont dénoncé et qui ont aussi donné les noms de quatre autres passeurs à Vintimille. Des bénévoles avaient remarqué sa venue réitérée sur la propriété de Cédric Herrou. « Ils ont trouvé çà louche et ont contacté la gendarmerie », a indiqué Me Zia Oloumi, avocat de Cédric Herrou.

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Ses quatre accusateurs étaient absents au procès : « Ils ont été emmenés au poste à Menton pour être renvoyés en Italie alors qu’il y a une loi qui protège ceux qui dénoncent les réseaux », a dénoncé Me Oloumi. Pas là non plus, Cédric Herrou a été beaucoup évoqué à l’audience. « On a eu l’impression de c’était de nouveau le procès de Cédric Herrou. Quoi qu’il fasse, il est toujours coupable ! », a déploré son avocat.

« C’est l’arbre qui cache la forêt (…) Le dispositif de Roya Citoyenne permet à des gens aux intentions douteuses d’en bénéficier », avait commenté dans la matinée la gendarmerie départementale.

« L’arbre qui cache la forêt »

Bloquée depuis 2015, la frontière franco-italienne a été rétablie pour protéger la France du terrorisme. Dans la pratique, ces contrôles conduisent à renvoyer en Italie les migrants qui passent ou tentent de passer malgré les dangers. Gendarmes et militaires sillonnent les routes. Barrages filtrants, contrôle des trains : il y a en moyenne plus d’une centaine d’interpellations par jour depuis le début de l’année.

La propriété de Cédric Herrou se trouve à quelques kilomètres de la frontière italienne. Un protocole a établi avec la préfecture pour accompagner en toute transparence les personnes qui arrivent chez lui et veulent demander d’asile, après que le préfet a été condamné fin mars pour violation du droit d’asile. Cédric Herrou fait lui-même l’objet de poursuites. La cour d’appel d’Aix-en-Provence doit rendre son jugement le 8 août.