Procès des mareyeurs: Les ex-gérants nient être à l’initiative de la fraude

JUSTICE A la barre, ils pointent les demandes de leurs clients…

Fabien Binacchi

— 

Jean-Marc Le Pape, jeudi à Nice, lors du procès des Mareyeurs du Sud-Est.
Jean-Marc Le Pape, jeudi à Nice, lors du procès des Mareyeurs du Sud-Est. — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Les dirigeants des Mareyeurs du Sud-Est sont accusés d’avoir organisé une vaste fraude
  • Ils encourent jusqu’à sept voire dix ans de prison

Certaines commandes étaient sous-facturées pour être payées, en partie, sous le manteau. Poursuivis pour avoir organisé une vaste fraude, les ex-responsables des Mareyeurs du Sud-Est (MSE), grossiste en produits de la mer leader sur la Côte d’Azur, ont expliqué jeudi comment des millions d’euros avaient été détournés entre 2007 et 2012 (de 500.000 à 800.000 euros par an). Mais ils ont aussi rejeté l’initiative sur leurs « clients ». Une accusation que ces derniers, appelés à témoigner dans les prochains jours, contestent.

Cuisinés par le tribunal correctionnel de Nice, les deux codirigeants de MSE, Jean-Marc Le Pape et Pascal Blanc, n’ont eu en tout cas aucun mal à reconnaître une escroquerie selon « un système qui fonctionnait depuis des années ». Le fondateur de la société, Georges Leroy, décédé en 2015, avait lui-même décrit aux enquêteurs ces « arrangements », en vigueur depuis une cinquantaine d’années.

>> A lire aussi : A Nice, le procès d'une gigantesque fraude au marché de poissons au gros

« Sophistiqué et organisé »

Un système que les deux nouveaux dirigeants auraient cependant « sophistiqué et organisé », selon la procureure. Tout se jouait dans la salle de préparation des commandes des ateliers de l’entreprise situés au MIN de Nice. « Il y avait des consignes différentes en fonction de chaque client, a décrit Jean-Marc Le Pape. Nous avions des fiches précises qui indiquaient quel pourcentage de la commande était à facturer réellement. » Et quel reliquat restait à régler sous les radars de l’administration fiscale. Selon la règle du 90/10, du 70/30 ou même du 50/50 dans certains cas.

Plusieurs employés de la société qui se sont succédé à la barre jeudi, ont confirmé avoir été les « exécutants » de l’entourloupe. Les sommes détournées servaient ensuite à payer certains salaires au noir ou alimentaient des enveloppes destinées à « fidéliser » les restaurateurs et les chefs de rayons de grandes surfaces de la Côte d’Azur. Jusqu’au monopole. Au total, 49 personnes sont renvoyées. Dont six restaurateurs et treize chefs de rayons, poursuivis pour corruption passive. Au cours du procès, prévu jusqu’au 16 juin, d’autres habitudes tout aussi louches de ces Mareyeurs du Sud-Est (ré-étiquetage de produits presque périmés) seront évoquées.