Nice: La guerre Estrosi-Ciotti peut-elle fragiliser la droite azuréenne?

POLITIQUE Le premier appelle à voter Macron, le second ne donne pas de consigne de vote…

Fabien Binacchi et Mathilde Frénois

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Eric Ciotti et Christian Estrosi
Eric Ciotti et Christian Estrosi — A. SELVI / ARCHIVES ANP / 20 MINUTES
  • Les deux cadres de la droite azuréenne n’adoptent pas la même position face au second tour
  • Un positionnement alors que la droite a perdu 10 points entre les présidentielles de 2012 et celles de 2017

En coulisses, les observateurs pointent, depuis quelque temps déjà, la « fracture » qui oppose les deux ténors de la droite azuréenne. Des trous d’air entre Christian Estrosi et Eric Ciotti que la présidentielle n’aurait fait que « révéler à tout le monde », s’amuse ce lundi le conseiller régional frontiste Olivier Bettati, ex-bras droit de l’ancien maire de Nice.

Après l’éviction de François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle, les deux élus Les Républicains s’opposent. D’un côté, Christian Estrosi, le président de la région Paca, appelle clairement au « front républicain », pour Emmanuel Macron et contre Marine Le Pen. De l’autre, Eric Ciotti, patron du conseil départemental des Alpes-Maritimes ne donne pas de consigne de vote pour le second tour. « C’est bien la première fois que leur dissension s’affiche comme ça », renchérit l’élu FN.

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De quoi mettre à mal la droite dans le département « le plus sarkozyste de France » en 2012 ? « Eric Ciotti comme Christian Estrosi savent très bien qu’une désunion pourrait fragiliser la dynamique des Républicains dans les Alpes-Maritimes, pense un cadre du parti. Les résultats de dimanche ont encore prouvé que le vote LR était très fort ici ».

« Deux leaders, ça fait forcément des frictions »

Même s’il a franchement baissé, en cinq ans… de près de 10 points par rapport à 2012 et à la candidature de Nicolas Sarkozy. Avec 27,39 % des voix, les Alpes-Maritimes sont désormais le troisième département de métropole à avoir le plus suivi le candidat Les Républicains. Et Marine Le Pen est sortie en tête, avec 27,75 % des suffrages.

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Avec cette baisse de régime et les législatives en perspective (les neuf sièges de députés azuréens sont acquis à des élus LR et un UDI), une querelle ouverte et durable entre Eric Ciotti et Christian Estrosi pourrait se révéler plombante.

D'autant plus que les meetings de soutien à François Fillon ont déjà cristallisé quelques tensions parmi les militants. Certains d’entre eux reprochant à Christian Estrosi, sifflé à plusieurs reprises, « de ne pas jouer le jeu de l’unité ».

« Nous avons deux leaders et ça, ça fait forcément des frictions. Mais il y a déjà eu beaucoup de moments d’opposition entre eux et la question de la responsabilité l’a toujours emportée », se rassure cette même source LR.

Deux lignes distinctes qu’il faudra « départager »

« C’est un peu prématuré mais je pense qu’il y a trop d’intérêts en jeu pour que cet épisode soit de nature à faire basculer la droite locale », commente aussi Patrick Allemand, premier secrétaire du PS dans les Alpes-Maritimes de 2000 à 2014.

Selon l’élu niçois, conseiller municipal et métropolitain, aujourd’hui soutien d’Emmanuel Macron, « la position de Christian Estrosi [d’appeler à voter pour le candidat En marche ! au second tour] n’est pas complètement incohérente avec ce qui s’est passé aux dernières élections régionales (…)  Il a quand même été élu grâce à des voix de la gauche et au désistement de son candidat face à Marion Maréchal-Le Pen ».

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En tout cas, deux lignes distinctes sont défendues par Eric Ciotti et Christian Estrosi. Très droitière pour le premier, elle semble l’être de moins en moins pour le second. « Le mot social n’est pas une grossièreté », lançait-il à l’adresse de François Fillon.

Deux courants qui s’opposent donc et qu’il faudra peut-être un jour, selon le cadre Les Républicains, « départager dans une élection interne ». « Pour clarifier les choses. »

Les résultats dans les Alpes-Maritimes au premier tour de l'élection présidentielle.