Vaccin contre le Sida étudié à Sophia-Antipolis: Le CNRS au courant «d’aucun projet de poursuite d’essai clinique»

SANTÉ L'organisme appelle aussi à « ne pas éveiller d’espoirs qui se révéleraient infondés »...

Fabien Binacchi

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Illustration: sida, recherche et médecine.
Illustration: sida, recherche et médecine. — FAROOQ NAEEM / AFP

Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a-t-il voulu mettre un terme à l’étude clinique d’un vaccin contre le Sida, comme le sous-entend l’entreprise Biosantech qui le développe ? Interrogé par 20 Minutes, l’organisme répond simplement qu’il n’est au courant « d’aucun projet de poursuite » des recherches.

Il appelle aussi à « ne pas éveiller d’espoirs qui se révéleraient infondés ».

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La start-up de Sophia-Antipolis, plusieurs fois pointée du doigt pour ses « effets d’annonce », a dévoilé mardi  les derniers « résultats exceptionnels » de ses travaux menés avec un chercheur du CNRS.

Seulement, voilà, le Dr Erwann Loret, qui étudie depuis 2013 à Marseille un composé baptisé TAT-OYI (conçu pour s’attaquer à une protéine du VIH qui améliore sa multiplication), se serait vu subitement déporté du projet, selon elle.

« Le CNRS lui a signifié qu’il devait arrêter ses recherches et stopper toutes communications à leur sujet », a ainsi dénoncé Corinne Treger, la présidente de la société. Interrogé, le chercheur qui a lancé l’étude clinique sur 48 patients porteurs du VIH a lui même confirmé les directives de l’organisme, confiant sa « déception ».

« Plus aucune relation formalisée »

Sollicité par 20 Minutes, le CNRS a donc indiqué mercredi n’avoir « connaissance d’aucun projet de poursuite » de l’essai clinique qui s’est, selon lui, « terminé en fin de phase I/IIa depuis plus d’un an ».

« A ce jour, Biosantech est titulaire d’une licence de brevet. Il n’y a plus aucune relation de co-développement formalisée entre cette entreprise et le CNRS », croit en tout cas l’entité, qui rappelle « que les relations établies entre la recherche publique et les entreprises s’inscrivent dans des cadres juridiques clairs, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un produit de santé répondant à un enjeu aussi important que celui du sida ».

« Des défaillances de mémoire »

Un cadre juridique qui manquerait donc tout simplement pour passer à la prochaine étape ? Biosantech souhaite enclencher la phase II/b de son essai clinique qui lui permettrait notamment « d’étudier le cas sans précédent de deux patients en état de rétro séroconversion (baisse des anticorps du VIH) » après l’administration du vaccin. Et d’entrevoir la piste d’une hypothétique « guérison fonctionnelle ».

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« Nous sommes étonnés que le CNRS fasse état d’une ignorance totale de la poursuite des expérimentations, alors même que la SATT [un organisme chargé de promouvoir la recherche], dont le CNRS est un acteur clé, a régulièrement interpellé Biosantech sur ses activités », a relevé Corinne Treger, pointant « des défaillances de mémoire ».

Des anomalies détectées en 2014 chez Biosantech

« Il serait plus constructif et responsable pour des organismes publics d’être partie prenante de la mise au point d’un vaccin thérapeutique plutôt que de mettre des bâtons dans les roues à une petite start-up », attaque encore la présidente de Biosantech.

L’Agence du médicament (ANSM), qui doit autoriser tout essai clinique sur l’être humain en France, confirme pourtant également à l’AFP n’avoir « à ce jour (…) pas reçu de demande d’autorisation préalable nécessaire à la reprise de la deuxième partie de cet essai ».

Une inspection de Biosantech menée fin 2014 par l’ANSM avait par ailleurs permis d’identifier « des défaillances » au niveau « de la maîtrise, la vigilance et du pilotage de l’essai », a ajouté l’organisme public.

En attendant, l’entreprise, qui croit avoir entre ses mains des « résultats, concrets et évaluables » pour la lutte contre le Sida, dit ne pas pouvoir aller plus loin, en l’état.