Attentat de Nice: Un livre-enquête sur un tueur «déterminé et conscient de ses actes»

LIVRES Un journaliste niçois a mené une longue investigation sur Mohammed Lahouaiej Bouhlel...

Propos recueillis par Fabien Binacchi

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Le journaliste livre de nouveaux témoignages
Le journaliste livre de nouveaux témoignages — VXM

Qui était vraiment Mohamed Lahouaiej Bouhlel ? Le journaliste niçois Vincent Xavier-Morvan (AFP, Le Figaro) s’est penché sur la vie du terroriste, conducteur du camion fou qui a fauché 86 vies le soir du 14 juillet.

Six mois après l’attentat, il publie le résultat de ses investigations dans un livre : Le tueur de la Promenade, enquête sur une mystification (éd. Héliopoles, 144 p., 14,90 €).

Qu’avez-vous appris au fil de vos recherches ?

Il avait d’abord pensé s’en prendre à la fan zone de Nice avant d’abandonner cette idée. Il a ensuite hésité entre le 14 juillet et le 15 août. J’explique aussi que ses analyses toxicologiques sont revenues négatives.

Il était vraiment déterminé et voulait être pleinement conscient de ses actes. Au final, on voit que son attaque a été très méticuleusement et très longuement préparée.

Ce qui est en désaccord avec la thèse du « radicalisé express » ?

Il a commencé à penser à cet attentat un an avant les faits. Mais c’est un personnage fait de plein de paradoxes. Il avait son mode de vie débridé, sur lequel nous étions d’ailleurs en dessous de la vérité, au sujet de sa sexualité notamment.

Puis il a commencé à adhérer aux idées de Daesh. Il s’est mis à s’identifier à ces djihadistes, à consommer beaucoup de vidéos de mises à mort. Et ce n’est qu’à la toute fin, dans les derniers jours, qu’il a opéré une sorte de conversion totale.

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Vous parlez de mystification…

Oui, par rapport au portrait dépeint par ses proches, qui le décrivaient simplement comme un fou. Alors que c’est bien plus complexe. Il avait une fragilité, c’est certain, mais il était aussi intelligent et rusé.

La mystification, c’est également un certain aveuglement collectif. On préfère penser qu’il s’agit d’un acte isolé, d’un loup solitaire ou justement d’un fou au lieu de voir la réalité : c’est-à-dire qu’il s’agit bien de terroristes et qu’ils nous font la guerre.

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